Jeudi 10 janvier 2008
4
10
/01
/Jan
/2008 14:22
Episode précédent : Le jour où ça a recommencé… ou Tentative d'un autoportrait #2
Je crois que c'est noël. Plusieurs fois. Ou alors : à chaque fois, cela devient Noël.
Parce que : c'est miraculeux.
Nous sommes chez un oncle, une tante, et leur fils un peu plus âgé que moi. Mon grand cousin préféré alors. L'oncle joue le magicien : il sait faire du cinéma dans une maison. Comme on sait faire
du feu. Je ne sais pas encore que cette sensation disparaîtra, ni comment s'appelle cette machine, mais je reconnais un écran.
Il y a dû y avoir d'autres films.
Je ne me souviens que de King Kong.
Quand je reviendrai, chaque fois, j'appellerai Kong. Je ne crois pas y avoir sacrifié quoi que ce soit. Au contraire. Ce plaisir des retrouvailles. Et la fin, inéluctable : alors une foi
naissante, chaque fois renforcée.
Peut-être que la toute première fois, le finale m'a semblé dans l'ordre des choses et comme un apaisement : j'étais terriblement impressionné. Puis petit à petit, retrouver le film dans cette
double joie : celle de revivre les plaisirs déjà connus, et surtout celle des découvertes insoupçonnées jusqu'alors.
Peut-être que la toute première fois… Mais la dernière ! Et sans savoir encore que ce serait la dernière comme ça : là, je savais. Je savais que la fin serait une catastrophe irréparable. Dès que
le film commence, je sais, et je sais que cela va arriver. Et je sais que tout sera perdu.
Tout sera perdu.
Dès que mon oncle commence à faire… je sais : mais j'ai la foi… Je ne vis pas cet instant dans l'attente de la catastrophe : je vis le film dans la possibilité d'un nouveau dénouement. Je suis
avec.
Cette foi dans le cinéma, si littérale, m'est toujours précieuse à recouvrer. Carlito's Way de Brian de Palma repose,
entre autre, là-dessus.
J'ai l'impression que j'étais si petit, au début. Totalement fasciné. Presque en dehors même de toute émotion ou de toute compréhension particulière. Fas-ciné. De la peur, c'est sûr, au tout
début. Et les dinosaures. Cela envoûte souvent l'enfance, les dinosaures. Les monstres. La beauté. Et c'est déjà trop dire.
Ce n'est que bien après, pourtant, que je pleurerai, vraiment, en voyant ce film : quand Kong est enchaîné, quand Kong chute.
Ce n'est que bien après aussi que j'y retrouverai une belle et une bête, et même plus directement, une forte proposition sexuelle.
Je n'ai aucune nostalgie. Sur MOIJE. Je ne vois pas, aujourd'hui, les films qui ont marqué mon enfance ou mon adolescence, avec le besoin de raviver les sensations d'alors, avec la crainte de les
bafouer quand le film, décidément, ne tient pas la route. Cela arrive…
Quand je reverrai King Kong au cinéma, comme il y a quelques années, je le verrai tel que je suis aujourd'hui. Je n'ai pas besoin de lui pour me rappeler mon enfance.
Je recommence.
Mon enfance n'est pas à rappeler. Elle est là. Sa place est préservée. Je peux raconter son histoire, ses rôles, ou ses jeux, ce que tu veux. Mais son vivre, je ne l'ai pas encore enseveli. Et
c'est sans doute au cinéma que je le dois : pas à ses histoires, ni à ses rôles, mais à son vivre, oui, ce que je ressens de son essence. Alors je peux être adulte, vraiment je crois, en même
temps, sans crainte profonde. Je peux bien mettre tous les masques qu'il convient : je n'ai encore renoncé à rien. Mon enfance n'est pas morte. Et surtout…
Kong n'est pas mort non plus.
PS : il y a une part de nostalgie, ailleurs, dans le fait de revoir ces films, ou d'écrire ici. Hors cinéma. Hors ce que j'y puise…Les films me rappellent les autres. Surtout les grands, quand
j'étais enfant. Comme ils étaient avec l'enfant. Entre grands, ce n'est plus tout à fait pareil, il me semble. A tort ou/et à raison… J'aimerai toujours cet oncle.
Par D&D
-
Publié dans : Tentative d'un autoportrait
16
Samedi 5 janvier 2008
6
05
/01
/Jan
/2008 14:44
Cet article est donc la suite de Batman et son sigle…
D'un point de vue critique, certains films, tout au moins à leur sortie, font débat plus que d'autres, sur leur totalité ou sur certains fragments. Et/ou, par exemple, ils se
traduisent par une remise en question d'un auteur, qu'elle s'avance comme ponctuelle ou pour ainsi dire définitive, pressentie comme passagère ou profonde.
Ainsi notamment de I'm not there de Todd Haynes, My Blueberry Nights de Wong Kar Waï, Paranoïd Park de Gus van Sant voire La Nuit nous appartient de
James Gray même si ce n'est "que" sa troisième œuvre (possible raison, entre autres, pour laquelle les attaques sont généralement plus mesurées ?).
D'autres films me semblent pris avec certaines pincettes, voire, un tantinet, une seule pince mais sur le nez. Il est toujours beaucoup plus chic, dans nos salons, de défendre des séries B ou Z,
que de traiter avec les mêmes égards les stars qui touchent le grand public. Et plus particulièrement quand elles ne présentent pas un label rouge " rock n'roll ", ou vaguement " trash "
(sincèrement ou dans la pose), pire si elles sont bien vivantes et au sommet de leurs moyens (mais je ne dis pas nécessairement de leur talent). Ce ne sont que des exemples. Cela concerne
peut-être Michael Clayton.
Je ne suis pas en train d'écrire que toute personne résistant à George Clooney est snob, ni qu'il est nécessairement revanchard de refuser une tranche de tarte à la myrtille.
N'empêche. Ce qui est intéressant aussi : relever les tendances, qu'elles soient à la mode ou persistantes, pour les remettre à leur place, aussi brillamment exprimées soient-elles, et se laisser
la possibilité de reprendre, vraiment, une bouffée d'air, et si ce n'est pur, moins usé.
Quand je sors de Paronoïd Park et consorts, j'ignore encore presque tout des débats : je ne lis pas, avant, de réactions sur les film que je suis sûr d'aller voir. Mais quand j'en sors,
là : il se trouve d'abord que… je ne sais pas… ça m'interroge singulièrement.
Et je ne vois pas pourquoi je devrais trancher. Artificiellement. Par le biais d'un raisonnement strictement intellectuel. Ou par le secours de mon bon plaisir ou pas, parce que : même le mien,
sur le plan esthétique, je m'en contrefous. Il doit déjà suffisamment m'orienter comme ça : je n'ai pas besoin de m'y accrocher ou de le brandir. C'est sympa pour parler dans les dîners - quoique
-, ou ça peut sauver la mise à la machine à café - j'en reparlerai -, mais...
Parfois, aussi, je n'ai pas la disponibilité suffisante pour échanger avec le film au moment de sa projection, ou pas sur sa totalité : fatigue, paresse, préoccupation autre mais persistante,
etc… Je ne suis pas, donc, un critique professionnel ou apparenté.
Surtout, et quand ça ne passe pas par l'évidence - la reconnaissance ? - avec le film, je me demande si ce qui m'a d'abord accroché le regard, c'est la silhouette noire ou la mâchoire
jaune-orangée. Et si c'est la "bonne" anse que je commence à attraper… Des films comme Inland Empire, cette année, ou Eyes Wide Shut, déjà évoqué, de la première à la seconde
vision : presque le jour et la nuit.
Dans tous les cas… j'attends. J'attends le moment où la rencontre avec le film va vraiment avoir lieu : qu'elle soit étreinte ou empoignade. Ou…
Je trouve que : le temps donne ses réponses, et ses vrais nouveaux questionnements… Alors je laisse vivre. Et je nourris ma rencontre, en lisant ou discutant, évidemment en revoyant, en étant
actif donc, mais aussi tout autant, simplement en vivant, tout ça travaille sans qu'on y pense, quand on le souhaite, en laissant vivre *.
Et puis, à un moment, je rencontre le film. Et ce n'est, bien sûr, que ma réponse d'aujourd'hui - qui changera peut-être après-demain - ou mon nouveau questionnement - qu'il soit urgent ou
patient.
Là, je peux en parler. De manière synthétique. Quand la rencontre a eu lieu. Pas avant. Et en plus je suis lent !
La rencontre avec une œuvre : le moment de la vérité. De la sienne bien sûr. Mais profondément. Pas absolue : toute relative, mais celle qui fait qu'on a avancé d'un pas vers ses propres
possibles.
Enfin : le truc jaune-orangé appartient tout autant à l'image que la silhouette noire. Mais quand je vois enfin la silhouette noire, je trouve la vérité relative de l'image. Si je bloque
uniquement sur le truc jaune-orangé : je n'ai encore presque rien vu.
Pas si facile tout ça. En tout cas, pour moi. Parce qu'il ne s'agit pas d'épouser un point de vue que l'on ne ressent pas profondément : là, bien sûr, c'est droit dans le mur. Pas si facile :
mais tout sauf compliqué : laisser vivre et tenter le dialogue vivant, et ça, j'y reviendrai.
Soit il s'agit de se laisser la possibilité de basculer… Tiens, c'est les sept vies de Catwoman, pardon, les six, de Bob Dylan.
Soit il s'agit de douter, vraiment - au sens philosophique ? -, pour retrouver, débroussaillé et rasséréné, son ressenti propre… Tiens, l'épisode Natalie Portman versus Norah Jones...
Donc quand tu commences, tu ne sais pas ce qui va t'arriver… Qu'est-ce qui va se passer après la douche/fin de déni de réel ?… Alex ?…
Me rappeler ça, tenter de m'y tenir : tout sauf anecdotique. Sans quoi : commencement de la fin de la liberté. Ben ouais. Donc, encore, j'y reviendrai.
Ce que je préfère : lire ou regarder des (vrais) entretiens avec les réalisateurs. On ne peut pas limiter une œuvre à ce que son créateur a très consciemment cherché **, encore moins à ce qu'il se sent d'exprimer sur le mode de l'entretien, mais parfois : cela (ré)ouvre de sacrées pistes, ou cela revitalise une intuition.
Viennent ensuite la lecture d'approches critiques, et enfin les goûts et les couleurs : n'importe pas seulement l'expression des autres points de vue, mais le prolongement de la durée de vie avec
le film. Parce que les mots des autres font rejaillir les images, que ce soit dans le partage ou par opposition.
Et puis, parfois aussi, il y a l'ambivalence totale. Sur la durée ou dans une alternance. Adhésion ET rejet.
Il faut trancher ?
Pas envie. En vie, oui.
* Cette manière de "voir" n'est bien sûr permise que dans des conditions d'exploitation cinématographique décentes. Le plus souvent, les
grandes villes, donc. Car hors d'elles, le formidable travail des indépendants est déjà absorbé par la question de la visibilité. La durée me semble le second combat nécessaire. Ainsi du réseau
Utopia en province : ça, on ne peut pas lui enlever. Paris, sur ce plan, reste un privilège absolu, malgré un réel
effondrement. Il m'a d'ailleurs fallu courir à Créteil pour revoir Michael Clayton. Je ne me plains pas, mais ce ne serait pas arrivé il y a dix ans.
** Dans la série toute règle a ses exceptions, je précise quand même ma position : les œuvres qui m'interpellent relèvent avant tout d'un auteur,
autrement dit le metteur en scène/réalisateur. C'est, en tout cas, ma manière de les recevoir.
nti_bug_fck
Par D&D
-
Publié dans : MOIJE
12
Mardi 1 janvier 2008
2
01
/01
/Jan
/2008 07:05
Par D&D
-
Publié dans : Ici et maintenant
16
Lundi 31 décembre 2007
1
31
/12
/Déc
/2007 22:00
Good Night, and...
Par D&D
-
Publié dans : Un certain regard
7
Dimanche 30 décembre 2007
7
30
/12
/Déc
/2007 01:15
Je reporte à janvier la suite du sigle de Batman : trop indigeste entre deux fêtes, et ce que j’insère là devrait lui profiter.
En outre, ça me paraît déjà assez gratiné. De l’art de couper les cheveux en… ?
Bref, j’ai la D&D attitude : ça va passer.
Ou pas du tout.
Cela dit, j’aime vraiment beaucoup le champagne. C’est confirmé.
Il semble fréquent de reconnaître que la première écoute d’une œuvre musicale, ou même simplement d’une chanson, n’est pas toujours l’endroit le mieux placé pour arrêter son plaisir ou/et son
point de vue.
Faut avouer : ça, déjà, il fallait oser l’écrire comme ça. MOIJE a/est encore frappé. Comme le ch…
Pardon. Pour la chanson : reconnaissons évidemment l’avantage de la durée. Tu peux réécouter sans en prendre pour trois heures, et d’ailleurs tu vas réécouter, parce qu’avec un peu de chance : ça
va passer 666 fois aujourd’hui entre le transistor ( ?), ou l’i-chose, et la télé.
Sérieusement : je ne connais pas beaucoup de gens que ça intrigue le nombre de fois où l’on écoute un CD (qu’il dure 45 minutes ou 4 heures).
En revanche, quand tu vas voir beaucoup de films deux fois, et certains plus, et d’autres bien plus : là, tout à coup, c’est louche… Si, si. C’est presque, comme qui dirait, contre nature. Alors,
en général, ce qui est renvoyé à l’expéditeur : tu es un passionné. En l’occurrence, non, et d’ailleurs revoir tant de films réduit le nombre de films « découverts ». Quoique... Mais le temps est
compté. Donc non. Pas passionné du tout. Mais ça neutralise efficacement le risque du dialogue. Je ne suis pas en train d’écrire que le cinéma doit être la première urgence de tout le monde… Je
m’interroge sur des différences de perception. Elles me semblent tout sauf anodines.
Le fait de vivre avec la musique est généralement, plus ou moins, intégré. Faut dire, ça ne date pas d’hier la musique, donc : ça doit aider. Idem : la littérature. La foule en délire aura
compris que je ne m’arrête ici qu’aux formes d’expression les plus accessibles, les plus partagées. Même MOIJE vis avec la musique et la littérature. Pas toute et toute. Mais pas au p’tit bonheur
la chance non plus.
Vivre avec le cinéma : je ne trouve pas. Que ce soit intégré. Evidemment je ne parle pas des pros, des cinéphiles ou vores - je ne dis pas « Vors » -, etc. ... A la limite, il peut exister un
rapport au DVD, à la vidéo ou ce que tu veux, et c’est très bien, déjà ça. Mais le cinéma est ailleurs. Cela peut le prolonger, parfois.
Ce qui pointe : la musique et la littérature peuvent se vivre beaucoup de chez soi, et l’on peut les faire suivre (en promenade, au café, toi qui vois). Pas le cinéma. Il faut le suivre. Et il
faut sortir. A chaque fois. Pas le choix. Etre avec d’autres. Presque pas le choix : à 10h00 du matin pour de Oliveira, la foule se gère sans C.R.S., ça va.
Evidemment, on se heurte à un aspect strictement économique. Revoir un film, cela coûte plus cher que de remettre un CD dans la chaîne ou de reprendre le livre dans la bibliothèque. Donc la poule
et l’œuf se mordent la queue et je suis bien embêté : ils ne trouvent pas mais ça reste indécent.
Pourtant, je ne peux pas m’arrêter à ça, même si c’est incontestable, parce que l’étonnement singulier ET fréquent – combien de fois tu l’as vu ? -, mais vite évacué, ne relève pas de ça en
premier lieu. Et avoir bien des moyens ou bien des cartes illimitées ne change pas la (mal)donne tant que ça. Vous ne trouvez pas ?... Parce que vraiment, sinon... D&D téléphone maison.
PS : et n’oublions pas ce qu’a dit Fanny Ardant… « La veuiiiie saiii… come dai bullll’ deu champaaagne ! ». (Pas obligé de me croire, mais j’imite mieux à voix haute).
Oh et puis m... c’est les fêtes :
Par D&D
-
Publié dans : MOIJE
7