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12 juin 2008 4 12 /06 /juin /2008 20:19

Ce premier billet sur ce film se passe, pour une fois, de spoilers… Rien de calculé : ce n'est que le fruit du hasard…




diurne et nocturne


Ouverture : une aube en onze ou douze plans, et la voix de Tommy Lee Jones au début d'une sorte de confession presque d'outre tombe. Je suis tenté d'entendre dans ce monologue récurrent le cœur de la "bande originale du film".

Nous assistons à une aube magnifique, et terrible. Onze plans fixes, peu à peu soumis à la brûlure du soleil, avec pour signe de vie perceptible : un peu de vent...

Je ne le sais pas encore, mais je suis déjà conquis. Et semble venir dans un souffle plus intime, le douzième plan, un panoramique…

… La caméra finira son léger voyage vers le dos massif et s'éloignant d'Anton Chigurh, pour son arrestation dérisoire, provisoire. On connaissait The Undead : Chigurh pourrait être The Unalive. Un possible du mal absolu. Trou noir.

Alors, au fil de la projection, à chaque fois : terrible, et magnifique. Renversant de beauté, de maîtrise, de cohérence…



orange et bleu


Je suis surpris, aussi. No Country for Old Men ouvre pour moi un autre espace dans la filmographie des frères Coen… Après Fargo, leurs films avaient plutôt cessé de m'interpeller : pas de résonance. Parfois du charme, du plaisir, voire du Georges ;-), mais surtout une forme - même virtuose - totalement vaine, hautaine ?…

Et là : quel plaisir dans ce nouvel espace, quel retour en force du vivant, dans l'intense paradoxe d'un film qui nous demande s'il n'est pas (toujours ?) déjà trop tard… 

J'avais pu singulièrement et ardemment aimer Barton Fink et Fargo… Pour la première fois : je respire… Les Coen me semblent filmer depuis/vers la vie, et non plus depuis/vers leur savoir-faire, leur intelligence, et leur ironie…

Costa dit, dans une interview, quelque chose comme : il y a les films qui naissent par amour des films. Il y a les films qui naissent par amour de la vie...

Je recommence.



noir et blanc


J'ai besoin que les films naissent par amour de la vie, ou qu'ils rejoignent ce désir et cette nécessité de filmer le mystère du vivant : ce sont les seuls que je peux reconnaître… Que la forme soit  classique, ou peu, ou pas du tout, fervente ou désespérée, etc.… D'autant plus puissant que cela me semblera originel. A la racine.

Au fond, avoir envie de faire des films parce qu'on les/en aime relèverait plutôt de la moindre des choses : le "pourquoi" faire des films, et non de la peinture, de la musique, TOIQUIVOIS… Mais le désir incontournable : le vivant.

Et je trouve que : idéalement, c'est en même temps. C'est en même temps que le lien au vivant et au cinéma s'exprime pour le réalisateur. La forme cinématographique qui viendrait seulement "après" : un cinéma de "moyens", scolaire, laborieux… La forme cinématographique qui serait la première racine : un cinéma d' "attitude", des petits ou grands malins, des démiurges ? Dans ma perception, ce que j'en comprends et tente ici de formuler.

J'en suis là. Et pour les beaux films, alors, cela me donne tout autant Inland Empire que Iwo Jima. Ce ne sont que des exemples… Je schématise à outrance : est-ce que c'est du cinématographe ? est-ce que c'est connecté (au vivant) ?... Les deux mon capitaine, ou mon regard n'accroche pas.

Aujourd'hui, ça donne No Country for Old Men.



foisonnant et brûlé


Très vite… La distribution et la direction d'acteur relèvent des plus remarquables et des plus homogènes, au moins depuis le 1er janvier. Qui écraserait les autres ? Qui démériterait ? Chacun est filmé avec la même attention, la même justice. Cela m'importe. Beaucoup.

Et cette lumière, ces cadrages, ces axes et ces mouvements de caméra : je ne crois pas que ce soit très proche de moi, de ma sensibilité… Non. Mais je reconnais totalement. Rien ne m'éjecte. Rien qui bascule dans le surfait, ou la putasserie, ou le laborieux, ou le vain…

Le travail sur le son se distingue comme encore trop rarement. Sécheresse, précision extrême, intensité, et pas de musique illustrative ou faisant la belle pour elle-même, ce qui contribue aussi à ce déploiement du souffle - et souvent, alors, le couper brutalement.

Tout cela me plonge dans quelque chose d'extrêmement sensuel, au sens le plus simple : il ne s'agit pas vraiment ici d'un traité d'érotisme, simplement, tous mes sens y sont en éveil, sollicités, certainement mis à l'épreuve, mais jamais oubliés, ou insultés…

Sensation de maîtrise rare de la réalisation, travail confiant avec le temps. Sans étouffement : pas la maîtrise du "control freak". Respiration. Ample. Oui, pour la première fois dans leur cinéma, je trouve, pas seulement du talent, du brio ou de la virtuosité : de la grandeur.



soulevant et écrasant


Et je ne vais encore pas savoir dire ce qu'est la grandeur pour moi.

Ce sentiment-là. Cet appel-là.

Mais je trouve que : ce n'est pas réductible à la hauteur de vue. Il y avait ça aussi, jusque là, quand même, dans le cinéma des frères Coen, cette hauteur de vue, et très consciente d'elle-même, qui invalidait pas mal de choses. A moins de raffoler des clins d'oeils complices entre happy fews plus ou moins tremblants (de rire ?), plus ou moins sincèrement…

Alors, qu'est-ce qui le distinguerait d'un chef d'œuvre absolument incontournable ? Intuitivement, je dirais : la grâce. De la grandeur, donc, mais pas, ou peu, de grâce. Mais je l'aurais moi-même mauvaise - la grâce, oui, oui, quel humour, vraiment… -, de ne pas simplement applaudir à tout rompre... puisque même le sortilège est ici rompu - décidément, on n'en peut plus de rire...

Terrible, et magnifique.



devine...


Suite et fin au prochain épisode…


PS : j'attends tout de même avec empressement de revoir Barton Fink et Fargo en salle. J'en garde le souvenir de deux beaux films, importants, ou la grandeur, déjà affleure… Mais je ne me souviens pas d'avoir respiré librement…

PPS : le court extrait qui suit, et dont je ne suis malheureusement pas parvenu à affiner la qualité visuelle - avec notamment une saute, un noir, qui ne provient pas du film -, s'ouvre donc sur le "douzième plan", le léger panoramique... D'ailleurs pourrait être évoqué un "plan zéro" : le noir, qui précède les plans fixes de l'aube...







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Published by D&D - dans TOIQUIVOIS
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commentaires

Tend & Co 15/09/2008 16:21

Il a l'air vraiment d'être un film super ... décidément je regrette de l'avoir raté au ciné ! Je voulais aller le voir, mais à chaque fois c'était aujourd'hui demain ...

D&D 16/09/2008 03:39



Bonjour et bienvenue Tend & Co,

D'après moi, ce film doit vraiment se découvrir en salles. Alors, certes, le DVD vient de sortir, mais nous doutons pas qu'une telle réussite des frères Coen sera régulièrement repris au cinéma :
demain ne sera donc peut-être plus trop tard ;-)



la discrète 29/06/2008 21:35

Je l'ai raté de peu , le garde en réserve pour mon prochain WE /ciné/Paris. j'ai été "estomacquée" par Fargo et ai beaucoup aimé aussi "the Barber".

D&D 29/06/2008 23:35


C'est agréable aussi, je trouve, d'avoir des films "en réserve"... Cela peut redonner un peu de temps au désir.

Ahhhhh... Fargo ! Particulièrement hâte de le revoir celui-là. Et il me faudra retenter The Barber, sans doute,


chris 24/06/2008 19:23

j'attends tout de même avec empressement de revoir Barton Fink J'imagine que nous n'avons pas la même notion de l'empressement.  Non, je n'imagine pas, j'en suis sûr :-)Ce que je regrette par dessus tout sur les blogs, c'est l'absence de smileys.  Surtout avec toi.

D&D 25/06/2008 01:35


Rerebonsoir et rerelol


Et oui, comme disait Albert : tout est relatif ! L'empressement, chez moi, ça doit ressembler... à un film de JZK... euh... je force sans doute un
peu mon "talent"... euhhh... pour les smileys, en revanche, si tu sais comme je peux en être friand sur un forum, je t'avoue que j'ai des doutes pour un blog... euhhhhhh... il faudrait que je
réfléchisse pourquoi, précisément : mais ça risque de prendre du temps... ;-)



neil 23/06/2008 21:15

Nope, j'ai pô écrit sur le barber : pas le temps. Et ouais, t'es pas le seul à être overbooké, qu'est-ce que tu crois...

D 24/06/2008 01:25


lol

Allez, je compte sur toi pour nous offrir ce billet lors de jours plus cléments ;-)


comprendre 22/06/2008 23:41

Un petit souffle d'esprit positif sur ton blog avant d'entamer une nouvelle semaine : la canicule et les plantages a répétition de mon PC ont eu raison de moi et je suis parti en voyage à bord du Darjeeling Limited, une sorte de quête spirituelle "bancale" en plein milieu de l'Inde des traditions. Du coup, j'ai laissé mes soucis et j'ai apprécié le film. Beaucoup de jolis visuels, un humour "british" et des scènes immergées pour relativiser. Sympa, sans être exceptionnel.

Retour à la réalité :-( Bonne nuit ! comprendre

D 23/06/2008 11:45


Quand les plantages de PC finissent par nous libérer ;-)

J'ai vu le Darjeeling Limited, et apprécié pour sa fantaisie aux sombres racines. Disons que globalement, ce serait plutôt lui, mon Anderson préféré, en tout cas celui
qui m'intrigue le plus... C'est surtout la mise en scène et la photo qui m'ont captivé (en plus de l'humour, bien sûr). Je n'exclus d'ailleurs pas de le revoir assez vite, même si le
scénario ne m'emballe pas toujours, pour faire court...

Bon retour au réel après cette parenthèse colorée :-)

PS : joli clin d'oeil !


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