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12 janvier 2009 1 12 /01 /janvier /2009 02:54

Gare aux ***SPOILERS***

Précédent billet sur le film : Two Lovers… ou Trois femmes...



Michelle - Two Lovers
 

Il se trouve que : Léonard et Michelle habitent dans le même immeuble. Au cœur de cet immeuble : une cour intérieure. Léonard et Michelle, à un étage près, logent de part et d'autre de cette cour : dans cet espace " vide " particulier, à la fois dedans et dehors, et qui les séparent, naît, vibre et semble se sceller le dialogue de ces deux amants-là, en trois scènes offrant à mes yeux le plus beau de Two Lovers de James Gray.

Dans la première, Léonard aperçoit Michelle depuis sa chambre et s'empare de son appareil photo. Il ouvre la fenêtre, oriente l'objectif. Flash. Michelle ouvre sa fenêtre… Là, s'élance un joyeux dialogue vers une invitation à danser. Je ne peux m'empêcher de voir quelque chose de délicieusement insolite dans cet échange extraverti, ces voix à tue-tête, légères, emplissant et résonnant dans la cour. Dans des moments comme ça, I want to live in America

Un peu plus tard dans la même nuit, Michelle et Léonard sur téléphones portables. Elle regarde par la vitre, ne peut le voir qui rejoint la sienne en se cachant. Les fenêtres sont fermées. Nous sommes avec Léonard. Dans sa chambre. Et ce qui s'est déplacé, par rapport à la scène précédente, n'est pas tant que nous observons Michelle à la dérobée, sans plus d'échange des regards, mais : une des voix a changé d'espace. La voix de Michelle est passée, en quelque sorte, "dedans". Dedans la tête de Léonard. Dedans son corps. Dedans les nôtres. Michelle dans le miroir, Michelle qui marche, se démaquille, mais là : au plus proche, intime… Au creux de l'oreille.

Ce glissement s'achève avec la troisième et dernière scène. Maintenant, Michelle et Léonard, face à face, chacun derrière sa fenêtre fermée, se regardent, intensément - se projettent ? - lors d'une nouvelle conversation téléphonique : les deux voix nous parviennent par le "filtre" des téléphones. Chacun est dans l'oreille de l'autre. Et comme si nous flottions, dans cet espace un peu particulier, au cœur de l'immeuble, ni chez Léonard, ni chez Michelle, leurs deux voix au plus proche, dans ce rêve momentané en duo. Mais chacun est dans son aquarium.

Tout au long de ce film, comme dans le précédent, le travail sur le son et sur la lumière me semble rare, et dans une beauté encore plus forte et plus fragile ici. Le son surtout, me subjugue à chaque instant, touche au sublime dans la sensibilité du traitement des voix sur ces trois scènes. Avec cette impression, aussi, peut-être totalement imaginée, que le grain de l'image bascule lui aussi, à s'imprégner de leur rêve, leur rêve enfantin et moelleux.  



Léonard - Two Lovers


Je recommence…

Une autre série de trois scènes dialogue avec celle que je viens d'évoquer : deux moments (volés) sur les toits, et un (échoué) dans la cour intérieure de l'immeuble. Trois rendez-vous de Michelle et Léonard. Deux improvisés, un attendu.

Le toit : se retrouver ensemble, physiquement, voix au vent, loin des conventions, du social, qui semblent minuscules tout autour… Léonard y brûlera sa première déclaration d'amour. Plan-séquence : nous sommes de l'autre côté de murs de briques, sans savoir les murs de quoi, mais nous restons de l'autre côté. Comme eux, dedans : ils ne se rejoindront que pour la seconde scène sur le toit, qui nous convie cette fois entre ces murs de briques, avec eux. Cela ressemble à une petite maison : c'est leur cabane. Ici, un regard-caméra de Michelle me cueille à chaque fois : il dit, déjà, que cet amour vite fait, bientôt, ne durera pas. Le bruit glacé dans la cabane ouverte à tous vents, instant d'amour vif comme le froid… Tragique.

Ensuite vient se nicher la vraie grande scène à deux décrite plus haut, celle dedans et dehors à la fois, avec la voix de l'un(e) dans l'oreille de l'autre, celle où Michelle embrasse la vitre, l'écran des rêves, celle où l'on se sauve un peu de présent : "Can you see me now ?". Une scène de pur fantasme à deux... Eclair de nudité.

Mais il faut redescendre, et, dans la cour même, se voir une dernière fois, ne plus se retrouver. Michelle a disparu. C'est bleu… Et seul. Cette fois, Léonard, tu es dedans ! Pour de bon. Il va falloir essayer de (s'en) sortir. Ou alors tu es complètement dehors, en dehors du coup. Tu sais ?... Il va peut-être falloir rentrer.



two lovers - Two Lovers


A suivre...





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Published by D&D - dans TOIQUIVOIS
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commentaires

vita 14/01/2009 16:01

J'aime ces commentaires qui trahissent tes émotions....Tu vis ce que tu dis. Bises   VITA

D&D 15/01/2009 01:55


J'essaie de garder ce fil-là, aussi, oui, vraiment. Merci de m'y encourager ainsi. Je t'embrasse.


Coumarine 13/01/2009 21:52

coucou D&D...tu es drôlement convainquant tu sais...ona envie d'aimer les films que tu aimes et dont tu nous parles si bien...

D&D 14/01/2009 04:28


Rhooo, ma chère Coumarine, tu vas me faire rosir

Merci de ta gentillesse et... à très bientôt


claude 12/01/2009 22:38

Bonsoir DD,Toujours heureux et nourris de tes posts. Bonne année 2009.

D&D 14/01/2009 04:27


Bonsoir Claude

Merci bien... et je te renouvelle mes voeux. A bientôt.


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