Samedi matin, dans le cadre de l'intrigant festival Parfums de Lisbonne, Le Miroir magique, dernier film sorti en France de Manoel de Oliveira, était reprogrammé. Si la première vision du film m'avait offert un plaisir sans
faille, la seconde a achevé de m'enthousiasmer ! Il était d'ailleurs temps que j'apprenne qu'il venait "à la suite" du Principe de l'incertitude, l'un des rares que j'ai manqué depuis une quinzaine d'années, depuis Le Jour du
désespoir et Le Val Abraham. J'attendrai maintenant de découvrir ce Principe et de revoir ce Miroir - même s'il peut fort bien se découvrir seul - pour y
revenir. Plus que passionnant pour MOIJE, donc !
La séance s'est terminée par un (trop court) échange avec Diogo Doria, acteur complice de Oliveira depuis longtemps - un quart
de siècle -, dont l'énergie et la générosité m'ont également impressionné.
Il a notamment été question de la collaboration entre Oliveira et l'écrivain Agustina Bessa-Luis, de cette
écriture "pas faite pour être jouable" selon les canons convenus de l'écriture scénaristique. C'est connu : la direction d'acteur d'Oliveira fuit le "naturalisme" comme la peste. Cette
recherche, que de nombreux réalisateurs contemporains ont à cœur avec plus ou moins de bonheur, Oliveira la mène incroyablement. L'écueil du vite nommé "amateurisme", qui ne semble parfois pas
si éloigné aux yeux du dit "grand public", ne saurait menacer ici. Sans doute d'une part parce que le travail d'énonciation s'inscrit au double service d'une langue (le portugais) et d'une
écriture (Bessa-Luis de manière récurrente donc), et d'autre part grâce au travail suivi avec de nombreux comédiens issus de familles devenues indistinctes : celle des acteurs de métier (avec
Diogo Doria par exemple, ou Leonor Silveira dont la précision et l'apparente aisance de l'intégration du "chemin" Oliveira est confondante, notamment dans Le Miroir Magique) et celle
des parents (Ricardo Trepa, petit-fils du réalisateur, Leonor Baldaque, petite-fille de l'écrivain, pour ne citer qu'eux), qu'ils aient choisi d'intégrer totalement la "profession" ou non.
Que cette arrivée des proches dans la cartographie des interprètes n'ait pas perturbé l'équilibre fragile d'une telle direction d'acteurs - répétons, répétons : c'est une des choses les plus
difficiles qui soit (bien plus que de prendre quinze kilos ou de les perdre pour conjurer l'imposture incontournable de l'acteur et/ou celle d'être "dans la peau du personnage") - se mesure
aussi à l'exigence en partage du metteur en scène. S'il est une chose toute simple que Doria a pu dire, comme l'ayant frappé à ses débuts avec le maître portugais et qui m'a beaucoup ému :
comment Oliveira se conduit de même manière avec tous, acteurs débutants, peu connus ou stars internationales (Deneuve, Piccoli, Malkovich, etc.).
Bref,même pour
moi qui hais toujours autant voir les films à jeun :quel heureux matin que ce samedi-là, dans cette
joyeuse famille recomposée.