Partager l'article ! La Guerre est déclarée de Valérie Donzelli… ou En beauté…: Lors d'une scène de consultation auprès d'un chirurgien ...

Lors d'une scène de consultation auprès d'un chirurgien le couple apprend deux choses sur l'évolution de la maladie de son enfant
tandis que, dehors, les proches attendent ce verdict qui leur parviendra en différé. Deux choses : une "positive", l'autre pas. "On ne garde que le positif" : le couple tombe immédiatement
d'accord pour n'aller répercuter que la nouvelle encourageante. Rien à redire à cela en soi, mais mon inquiétude devant le film dans son ensemble est de douter de la place qui m'est (spectateur)
réservée, de craindre que ce ne soit in extremis une place similaire à celle des proches dans cette scène. Et je me demande si c'est possible, je peine à comprendre quelle place plus "vraie" je
pourrais prendre avec ce qui m'est délivré au fil du film.
Une semaine après avoir découvert La Guerre est
déclarée, me reste l'affirmation d'une énergie (lestée par un volontarisme ponctuel) et d'un ton… J'aime bien Valérie
Donzelli et son geste me paraît résister aux travers (nombreux, je pense) du film, mais la rencontre a déjà eu lieu avec La Reine des pommes, qui malgré sa pauvreté financière (et
l'image assez dégueulasse qui en découle) me semble à la fois plus fragile et/mais plus juste, plus en adéquation dans son déroulé avec ses enjeux, quelque chose comme ça. Sans dire même qu'il
serait meilleur que ce second film, plus ample, je l'aime plus simplement, plus évidemment, je le trouve plus "entier". Pour d'autres raisons, entre racines autobiographiques et résistance(s)
au(x) malheur(s), je pense aussi (sans préférer nécessairement son film par ailleurs) au My Little Princess d'Eva Ionesco, plus "entier" aussi, c'est le mot qui me vient le mieux.
Alors, tout de même, je me sens entravé : le film n'aurait peut-être pas dû tant sacrifier l'enfant (presque un paradoxe) et son
parcours pour grandir vraiment ; ça m'interroge ces gens qui se montrent au fond à leur meilleur (ce serait aussi une des difficultés d'appréhender le film que d'avoir à le démêler d'un parcours
aussi "incontestable"), ce qui serait aussi une politesse, mais pas que (tant bien même l'écueil ne serait pas ici le narcissisme) ; est-ce que la vitalité c'est filmer des gens qui courent, une
fête foraine, ou tendre trop régulièrement au clip ?... J'aime bien La Guerre est déclarée, mais je me sens divisé face à lui, je pers pied devant ce qui me semble être trop
d'esquive*. Est-ce que je suis en train de demander à Valérie Donzelli de faire un autre film que celui qu'elle a voulu ? Est-ce que je dérape vers ça au lieu
de regarder si ce duo accomplit sa volonté ou la trahit réellement un peu ? Sans qu'elle soit désagréable ni méchante, j'ai un peu (mais pas que) la sensation de me faire avoir.
* Autre exemple qui m'embarrasse : lorsque les parents apprennent la gravité de la situation et
lâchent quelque chose comme "il nous faut le meilleur chirurgien" ; ce serait le reflexe formulé de bien des parents, mais le film passe sous silence comment eux, ils l'ont, ce chirugien désigné
comme le meilleur (même depuis Marseille), quand beaucoup d'autres ne l'auront pas. C'est encore une esquive qui trahit le réel, sur un terrain-clé du parcours, et préserve au film à bon compte
son souffle séduisant.
PS : pour lire plus tranché que MOIJE, il y a matière entre la réserve d'Erwan et l'enthousiasme d'Asketoner, ou celui sur critikat. Enfin, tout cela ne m'empêche pas de trouver Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm bien sympathiques, notamment
via cet entretien aux Inrocks.
Edit du 19 février 2012 : j'aime aussi lire ces notes de Valérie Donzelli, en regard sur son vécu de 2011.