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23 août 2012 4 23 /08 /août /2012 15:34

 

 

Moonrise Kingdom - Wes Anderson (01)

 

 

 

 

Le sourire ne m'a pas quitté devant Moonrise Kingdom, j'ai souvent ri : un moment joyeux, très ludique, qui m'a parfois ému. Et puis, comme souvent, je crois, ou mon souvenir me trahit : cet essoufflement que j'éprouve devant les films de Wes Anderson, les trois derniers tout au moins. J'attends qu'il prenne un risque. Ce n'est pas que ce qu'il fasse me semble facile, loin de là. J'ai l'impression qu'il en garde sous la chaussure : il assure. Il fait ce qu'il sait faire. Et c'est très bien. Et il n'est pas avare. Mais, peut-être : pas si généreux non plus.


Pas très généreux avec ses femmes d'ailleurs : Frances Mc Dormand et Tilda Swinton, surtout. Tous les mecs ont une forme de devenir, quelque chose advient pour chacun : elles sont abandonnées. Par la fiction elle-même. C'est bizarre. Je trouvais que c'était déjà pénible de ce côté-là dans Fantastic Mr Fox. Mais ce n'est sans doute pas le travers le plus propre à Anderson.


En restant du côté du récit, les fins de ses scénarios m'ennuient : il boucle. Je le vois boucler ses films. Faire le nœud sur le paquet cadeau. Et c'est vrai que c'est un cadeau, aussi. Mais frustrant. Il me fait penser à ces vieux réalisateurs qui tournent un film par an avec tout ce qu'on peut leur savoir ou prêter de talent, et qui ne (se) surprennent jamais vraiment. Qui oublient quelque chose d'un risque premier, indispensable. Et chacun met les noms propres qu'il veut derrière ça. 


Pour autant, je trouverais injuste de le dire frileux. J'aime beaucoup le film. Cela (me) fait du bien de voir quelqu'un travailler avec un tel soin, et une telle élégance (de forme, au moins). Je lui en veux pas mal, aussi. Il est loin d'être aussi aventureux que les deux enfants à hauteurs desquels il entend se mettre (1). Et cela me semble tristement bien articulé avec le traitement des adultes - particulièrement du lien extra-conjugal - qui m'embarrasse souvent péniblement. (2) 


Et tout cela dit, je le reverrai. Me reste ici la possibilité de sentir le système Anderson - son "ultra-précision" -, non pas comme une prison, mais comme l'endroit d'où il peut prendre son élan : son trampoline. Je n'ai alors pas vraiment de mal à croire que l'échappée belle pourrait un jour s'animer d'un souffle nettement moins court.

 

 

 

 

 

(1) Je suis terriblement d'accord avec ça : "Chacun de ses films est une tentative de se confronter à cet infini dont parle Barthes : la mort, un requin, un loup, une tempête. Les personnages sont toujours travaillés par un désir d’en finir ou d’en sortir, de quitter la maison miniature : le problème, dans Moonrise Kingdom comme dans les autres, c’est que ce dehors est introuvable ; le monde extérieur n’est pas moins domestique que l’intérieur de la maison ; le monde, dehors, n’est jamais filmé comme un espace différent, un lieu où se perdre. La confrontation avec la tempête, avec l’infini, n’amène jamais le film à se dérégler, ne bouleverse jamais le story board, n’amène jamais le film à buter sur une limite. C’est quand même un problème : le scénario raconte une évasion, une sortie, une prise de risque au dehors, et les images nous disent le contraire : il n’y a pas de dehors, il n’y a pas de tempête, il n’y a pas de plage non foulée, sans tourne-disque où écouter du Françoise Hardy."

 

(2) Cela recoupe possiblement ce dont parle Erwan en dernier mouvement de son article

 

 

 

PS : pour aimer le film sans retenue, Asketoner donne rendez-vous.  

 

(Billet retro-publié le 16/09/2012)


 

 

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Published by D&D - dans Brèves
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neil 21/09/2012 17:16


Je comprends ce que tu veux dire. Mais j'avoue qu'une "paresse" aussi aboutie m'enchante. Tant de films ne prennent tellement pas soin de leur image et de leur mise en scène que quand j'en vois
je suis emballé.

D&D 29/09/2012 02:45



Coucou Neil,


D'un côté, je suis enchanté aussi, même si pas jusqu'au bout. Mais ça m'a fait du bien de voir ça aussi, oui.


(Désolé pour le délai de réponse, j'étais en déplacement)



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