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13 janvier 2014 1 13 /01 /janvier /2014 02:46


***Meute de SPOILERS***

 

 

 

Prisoners - The Grey

 

 

 

 

Différant de nombreuses fictions survival avec avènement d'une jouissance (ou accomplissement d'un fantasme) à se vivre en grand prédateur ou en pure pulsion d'assaut, le scénario du drame/thriller Prisoners donnerait à vivre un programme ne-pas-avoir-le-choix-d'être-autre-chose-qu'un-loup-pour-survivre sur un mode tragique de fatigue et de conscience douloureuse. Il ferait ainsi strictement corps avec le personnage défendu par Hugh Jackman. Mais le refus final de consolation - seul point qui me surprend ici pour un film aussi proche d'Hollywood, malgré ses allures indépendantes - ne me semble pas s'y réduire. J'y pensais en sortant du film avec le sentiment que je n'y étais pas préparé, malgré tout. Je me sentais éventuellement préparé à ne pas voir revenir les fillettes ou bien à les voir revenir et alors - aussi brève soit-elle - à ce que la scène de consolation survienne : les retrouvailles avec les parents (avec un Jackman en partie devenu ou plutôt advenu inconsolable, car c'est son programme initial - l'horreur est ce qu'il a depuis toujours vécu d'avance, il est attente d'une catastrophe).

 

Mais ce petit décalage-là a renforcé le sentiment de ce possible bizarre : et si la singularité (très relative) du film tenait surtout à un écartèlement ? J'ai l'impression que le réalisateur n'a pas le même point de vue sur ce qu'il filme que le scénariste. J'imaginerais peut-être que la scène de consolation était écrite, que tout y conduisait, mais que ce n'était pas exactement cette histoire-là que Villeneuve avait envie de filmer, pas faire corps avec le personnage de Jackman au point de lui donner/reconnaître essentiellement raison. Je l'imagine presque, face aux executives, se battant en douce sur le fait que le film est long, que tout le monde a compris, que la petite fille est sauvée, ce n'est pas la peine d'en rajouter. Cut

 

Ce déplacement dans la réalisation donnerait un peu de son air au film, en tentant notamment de privilégier la figure de Jake Gyllenhaal comme relais pour nous *. Parce qu'il y a un truc indépassable dans ce scénario implacable, quelles que soient les zones de gris et les atermoiements qu'on y ajoute : c'est parce que Jackman a séquestré le malade que sa petite fille est sauvée, le psycho méchant loup se sentant alors trop seul en a mis les fillettes à ses côté au lieu de les laisser crever dans sa fosse (une des très faibles ficelles narratives). Point. On ne peut pas aller plus loin que ça : si Jackman n'enlève pas le timbré, les fillettes sont mortes avant la fin du film qu'on voit. 

 

[Plus subtile je trouve et plus joueuse : la manière dont Roman Polanski déploie sa Vénus à la fourrure contre (en partie) la pièce originale qu'il met en scène. Il est beaucoup plus complexe que la bien-pensance féministe états-unienne du texte et s'en sert avant tout comme quête d'un dernier espace de jeu - et le film est aussi une ode au jeu, et à Emmanuelle Seigner et son jeu (les deux ensemble presque éternellement ignorés en dehors de lui). En allant vite, on peut dès lors voir le film comme très féministe, ou son contraire, alors qu'il me semble viscéralement ambivalent sur le questionnement l'homme-est-un-loup-pour-la-femme - dans une vraie honnêteté de la part de Polanski. Le film de Villeneuve baigne davantage dans l'ambiguïté à bon compte d'un divertissement disons un peu haut de gamme vu la moyenne générale.]

 

Bref, Prisoners ne me semble pas quant à lui dans une schize très inspirée (possiblement parce qu'elle est "externe") et sur son programme pas très joli-joli à mes yeux mais passons (voir aussi la place des femmes), survivrait avant tout le savoir-faire. En route donc pour une belle photo tristement léchée, un bon rôle pour Hugh Jackman (il devient patent qu'il veut maintenant un oscar, ça doit être stressant pour Pitt), du temps que l'on prend un peu, et cela peut suffire à ne pas se fracasser la tête contre les murs au regard de l'intrigue policière dont la somme des faiblesses/facilités peut violemment consterner. Alors il n'est pas déplaisant de vérifier qu'un film non calibré teenagers peut être rentable y compris sur le territoire états-unien avec des plans de plus de deux secondes sans être en 3D (reste à savoir s'il lui faut en ce cas être aussi fondamentalement conservative). Tout de même, ce qui est à l'oeuvre aussi, c'est de l'attention, du soin (tendance sadique sourde), et cela peut malheureusement suffire aussi à distinguer un peu. Surtout : un camping car garé qui malaise drôlement. Aussi : le climax émotionnel sèchement poignant quand le scénar' et le réal' sont un instant ensemble uniquement dans l'expression de la souffrance coupable de Jackman quant à sa fille  - quelque chose comme "elle se demande tous les jours pourquoi je ne viens pas la sauver, ce n'est pas vous qu'elle attend" (d'où l'importance accrue ici de la "consolation"). Peut-être : une échappée en voiture qui floute un peu le simple brio d'exécution. Dans ces trois cas là, quelque chose tremblerait, pour de bon. 

 

 

 

 

 

 

* Mais ce personnage reste squelettique et ne serait pas si loin de celui de Jessica Chastain de Zero Dark Thirty, se définissant avant tout par son action qui est une expression de la loi. Hors Prisoners ne risque pas de s'autoriser le presque pur terrain de jeu d'immédiateté expérimenté par Bigelow/Chastain (qui libère en partie le spectateur, outre la modernité du rapport au jeu), et l'opacité du personnage n'est ici qu'un court-circuit : le déguisement psychologique du policier (houlala il a pas l'air d'aller bien du tout non plus) assure une empathie facile et ne nous propose pas tant de questionner/éprouver quoi que ce soit que de feel bad for tout le monde. Prisoners me semble valoir surtout comme simple feel bad movie.

 

 

 

(Elucubrations d'alors sur The Grey (Le Territoire des loups) de Joe Carnahan.) 

 


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Published by D&D - dans Brèves
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commentaires

Ultimo 12/02/2014 15:22


Ouais ... par contre on est chanceux au boulot : on a une mini salle de cinéma d'une trentaine de places incorporée !  Ça aide !


 


Mais bon c'est pour bosser hein !

D&D 13/02/2014 10:09



Mais ouais, mais ouaiiiiis :-)



Ultimo 10/02/2014 17:01


J'Y vais de moins en moins ... par faute de temps malheureusement.


 

D&D 11/02/2014 03:24



OK. 


(D'ailleurs, ou pas, je peux pas m'empêcher de me dire que si je peux avoir des mômes un jour, ce sera une brutale rupture dans ma vie de spectateur :-)))  )



Ultimo 07/02/2014 20:24


C'est sûr ..Arcand, je trouve que cela a mal vieilli en plus ... à part un ou deux !


Sinon tu as Jean-Marc Vallée pour le "Dallas Buyers Club", Le "Incendies" de Villeneuve était intéressant.


Il y a "The Good Lie" à découvrir possiblement de Philippe Falardeau ! Pas sorti encore ( je n'ai vu que des bouts ...;=P)


Kim NGuyen avec "Rebelle", Xavier Dolan ( avec Les Amours Imaginaires - pas si mal pour un hommage à la Nouvelle Vague ...)


 


 


et surement d'autres .... je ne suis qu'un pauvre immigré, je ne les connais pas tous !!


 


Allez Bon Courage !

D&D 08/02/2014 14:18



Ah oui, j'avais oublié pour le Dallas B. C. mais je n'en ai pas de bons échos (hormis les acteurs, je verrai peut-être en DVD). Tu m'intrigues avec The Good Lie et je vais
aussi me renseigner sur NGuyen. Dolan je tenterai sûrement Laurence anyway (je suis pas très friand des Amours imaginaires, même si, dans le "genre", je trouve ça mieux que du
Christophe Honoré, et l'actrice m'avait pas mal plu). 


Aussi, y avait des choses dans Vic + Flo l'an passé, notamment la fin, quand même, vraiment saisissante (enfin pas la toute, toute fin, vraiment déssaisissante :-)
 ). 


Dernière question (sorry) : tu vas encore en salles, toi - et si, oui, tu vas où ? - ou tu vois tout chez toi ?



Ultimo 06/02/2014 15:58


Enfin des réalisateurs québécois qui arrivent à s'imposer aux Etats-Unis ... The Good Lie arrive aussi, ainsi que d'autres !  Go go les francophones !

D&D 07/02/2014 13:21



Salut Ultimo,


Ben je veux bien d'ailleurs que tu me signales des réalisateurs québécois qui te branchent, parce que je connais pas vraiment (mais je suis pas du tout branché Arcand, et Villeneuve, faut voir).



neil 13/01/2014 12:05


Beaucoup de choses, comme toujours. Prisoners dénote en effet des productions hollywoodiennes par une certaine finesse et une certaine absence de manichéisme (même s'il finit par
le devenir quelque part). D'accord également pour La vénus à la fourrure, mais je trouve que son côté ludique est également son défaut : le film oublie d'être autre chose que
ludique, du coup je vois un peu trop les ficelles et je m'ennuie.

D&D 14/01/2014 13:08



Bonjour Neil,


Je sais pas si j'irai jusqu'à dire "finesse", mais ça diffère un chouïa, c'est sûr :-)  Aussi, en tant que spectateur, je suis probablement peu familier des fictions très
orientées conservative. J'ai d'ailleurs l'impression qu'on en reçoit plus en France par le biais des séries télé que par des films hollywoodien (en tout cas pour ce dont on parle un
peu).  


Je vais de ce pas te lire sur La Vénus à la fourrure, tu m'intrigues...



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