L'an passé, je suis allé voir Lola, "mon" premier film de Brillante Mendoza. Je me suis senti très partagé, dès le début, dès cette scène de la bougie et du vent. J'ai pu lire que je n'étais pas le seul. Cette impression sur le fil, entre beauté et posture, ne m'a pratiquement pas quitté de toute la projection, parfois tenté de pencher d'un côté, puis de l'autre. Alors, laisser un peu de temps passer et revoir le film : là, je serai peut-être davantage d'humeur à trancher, ou à faire semblant, à le croire, ou à le jouer.
Et puis je me suis dit : ce mec, quand même, il vient de sortir une petite pelletée de films en même pas cinq ans ; ce serait pas mal d'aller voir plus avant. Puisque le problème, c'est… le soupçon ? Le soupçon d'une posture. Quelque chose par là.
En même temps, j'avais l'impression de m'être pris un pays dans la gueule : les Philippines. Je ne connais rien des Philippines ; ce n'est qu'un exemple. Et je n'attends pas des films qu'ils se la jouent Connaissance du monde ; mais qu'ils ne cèdent pas à la méconnaissance, ça oui, vaut mieux. Alors je suis bêtement allé voir sur Wikipédia. Là, je me suis rendu compte que je lisais avec une attention plus forte, avec une sorte de joie, et que cela venait du film. J'étais donc, déjà, plutôt avec.
Et il y avait cette petite chose que le mot "village", "barangay" en Filipino (mais il y a beaucoup de langues vivantes dans ce pays), serait étymologiquement lié au mot "bateau"… D'une certaine manière, les Philippins sont un peuple de l'eau, et le film urbain m'avait donné à ressentir ça, nettement. Et c'était bien, déjà. Je trouve.
Alors j'ai vu John John, Serbis, Tirador. Et avant de me lancer dans Kinatay voire Masahista, j'ai envie d'écrire que le soupçon a disparu, avec John John déjà… Mais pour l'instant, je me galère drôlement, on dit comme ça ! D'ailleurs, ce qui m'a le plus impressionné est déjà très exactement exprimé par le billet d'Asketoner. Mais, tout en y prenant nécessairement et avec plaisir l'appui ou l'ouverture de mon prochain billet, il me reste(ra) possible de parler plus globalement de ce film qui, à le revoir, est devenu une de mes plus grandes joies récentes. Joie doublée par celle de découvrir tout à coup un cinéaste, qui divise depuis quelques années, et que je tiens déjà pour important et singulier, qui m'est très vite devenu cher.
Alors cela m'amuse de repenser comment je n'avais pas eu envie de voir John John à sa sortie. Je me souviens très bien de cette bande-annonce épouvantable (et assez malhonnête dans son ouverture) m'invitant à craindre ce que j'ai gardé l'habitude d'appeler un film Télérama, vague mélange d'exotisme (Connaissance du monde, pour le coup), de bien-pensance et d'édification sociale. Le tout garni ici d'un sens du lacrymal bien éloigné du film. Des bande-annonces comme ça, le grand réseau mk2, le petit réseau Utopia, ce ne sont que des exemples, ne manquent pas d'en offrir à chaque séance. Ce n'est pas grave, il faut simplement le temps de faire son deuil, comme pour presque toutes les bandes-annonces quel que soit leur type de formatage (mais nous sommes peut-être depuis plus longtemps habitués à déjouer celui made in Hollywood). Et il faut encore que le film n'ait pas quitté les salles avant. Au rythme actuel, il me faut sacrément progresser en vitesse de deuil !