Avoir vu une première fois le film de Manoel de Oliveira avant de m'absenter cinq semaines, y courir avec reconnaissance à mon retour : ce qui aurait presque été la norme quand j'avais emménagé à
Paris (quelques semaines d'exploitation) était devenu un exploit. C'est bien, la loi du marché : on devient reconnaissant pour rien. Pour : la moindre des choses. Et : les exploits des
exploitations !
C'est bien, la Loi du marché : une fiction qui ne dit pas son nom. De moins en moins : qui veut faire croire, crise
oblige, qu'elle a toujours tenu les institutions pour nécessaires. Et c'était vrai aussi : il en faut bien, des institutions, pour s'assurer les bons contrats en Irak, ou se renflouer en cas de
maladresses financières.
Le pire étant que je n'ai pas du tout l'impression d'être uniquement hors-sujet.
Le petit Macario sourit en avouant qu'il est pauvre, et même, il sourit un : "pauvre comme les banques". C'est pourquoi
Macario est un petit voleur, aussi, peut-être, oui, c'est possible. D'ailleurs, quand il croit avoir été prêt à tout perdre "par amour", un homme venant le troubler au bord de l'eau est vite
tenté de l'identifier comme celui ayant dérobé son chapeau. Par ailleurs, les arrières du petit Macario sont plus qu'assurées...
Oui : le petit Macario a l'innocence de l'ignorance, et les bonnes manières de qui n'a encore eu à se battre pour rien.
Il est attachant. D'ailleurs, il aimerait bien (se) lier (à) une jeune fille blonde. S'il le faut, ce ne sera pas vraiment un problème d'aller faire fortune dans les terres du Cap-Vert (une
colonie qui ne dit pas son nom), et même, ce ne sera pas un problème de le faire deux fois, en cas de pépin. Pourquoi pas ?
Qu'est-ce que c'est : faire fortune en quelques jours ? Et n'avoir, à ce sujet, de compte à rendre à aucun spectateur
?...
Ce n'est pas comme elle… Elle, elle a au moins un spectateur : lui. Elle devra lui rendre des comptes… Et comme il est
d'usage que les femmes en doivent aux hommes… Non ?
Alors : la brutalité - énorme et pourtant doucement amenée par une logique progressive mais implacable - de la
répudiation peut prendre des parfums de reconnaissance de soi en l'autre. Là où l'on ne veut pas se reconnaître du tout.
Le petit Macario est un homme droit, bien comme il faut, un homme (bien sûr) de (son bon) droit. Comme d'autres... Rien à
se reprocher... Et il est bon de rappeler qu'on ne laisse pas entrer les pauvres dans la boutique.
Une chambre sans fenêtre entretient la douce combustion de l'orange d'une armoire et du vert des murs. Elle serait trop
petite pour un jeune homme : à un moment, dans la rue, tentant de suivre son pas, la caméra procède par zooms successifs sur ce corps qui n'en finit pas de grandir à l'image alors qu'il est censé
s'éloigner. C'est très troublant, ce grand corps. Ce corps de suffisamment bonne naissance pour ne pouvoir s'enfermer dans n'importe quelle cellule.
Ou bien… Une jeune femme orchestre avec grâce, c'est peu de l'écrire, un éventail et des rideaux : aussi est-il plus
difficile de voir en elle la marionnette qui s'ébroue. Et cessera.
Cette jeune femme a un spectateur : ça, c'est une certitude. Tandis qu'un grand acteur peine terriblement à en avoir ne
serait-ce qu'un, mais pour de bon, même en lisant du Pessoa.
Le mot "amour" ne pourrait jamais être prononcé. Il n'y aurait de place que pour le désir et l'argent. Et donc le vol
policier. Le viol policé ? Il y aurait une jeune femme blonde qui ne pourrait dépasser son statut d'icône, ou de bel objet. Elle pourrait être condamnée sur le motif d'être consciente de son
statut. Ce serait commode.
Pourtant, elle peut se fondre dans une fenêtre où tout n'est que crèmes et pastels. Dehors et dedans. Elle est peut-être
tout simplement surcadrée. A peine aurait-on pu rêver d'une transmutation en amour de ce vertige scopique dans la remarquée scène du baiser, et il est bon d'y croire, et de sentir ce qui se
scelle là… mais pas plus : un miroir en fond de plan ne retient entre les amants qu'une (jolie) paire de jambes.
Une jolie paire de jambes. Bien encadrée. Tout juste ce qu'il faut pour courir, disparaître du cadre (pour de bon). Quand
l'ordre est donné. Tout est en ordre.
PS : ou bien… il serait bon d'aller ici (là, là) et ici pour lire plus au cœur du
film…
PPS : on ne répétera jamais assez, on dit comme ça, la magnifique sidération de la scène finale… Qu'est-ce qui s'est
passé ? Qu'est-ce que je vois ?...
PPPS : dernières notes en vrac...
Le premier plan suspendu de la jeune fille, seul, entre deux confessions. L'apparition pure permise par le flash-back :
plus que renforcée.
Au sein du centre historique de Lisbonne, un segment de petits immeubles séparent tout juste deux places : celle de
Figueira et celle du Rossio… Tôt dans Christophe Colomb, l'énigme, la place de Figueira marque le début
de l'élan (des (re)découvertes) via la statue et l'alternance des fortes plongées et contre-plongées qui ne font pas que servir malicieusement le respect du budget du film. (Trop) tard dans
Singularités d'une jeune fille blonde, la place du Rossio se devine dans les vitrines de la joaillerie, puis dans un de ses angles coupants où la jeune fille s'éloignera, répudiée, dans
le plan horizontal : comment le film travaille sur les obliques (les fenêtres des deux amants). Le film antérieur appelait des désirs de savoirs et de découverte, et ses désirs inextinguibles
pouvaient s'élancer. Celui-ci marque les incontournables entrées et sorties de scène du désir des sens, aussi intense soit-il.
Raconter une histoire dans un train, à une inconnue. L'immobilité au milieu des paysages qui défilent. La suspension. Une
fois le récit achevé, le train file, et la suspension s'évanouit. Se souvenir des suspensions de lumière sur Lisbonne.
Les entreprises ne veulent pas des comptables sentimentaux. Et qui dansent dans leur bureau. Les "amitiés"
professionnelles, et la consultation des amis par intérêt sont bienvenues.
"Pense bem" : la répétition, la sortie comme un personnage de conte. Il faut ici réussir pour échouer. Quand d'habitude,
il faut échouer pour réussir.
Catarina Wallenstein, Ricardo Trêpa, Diogo Doria, Julia Buisel, Leonor Silveira, Luis Miguel Cintra, etc. ... Tous les
comédiens impeccables.
Mardi 24 novembre 2009
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00:33
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Par D&D
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Publié dans : TOIQUIVOIS
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