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19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 17:43


O Estranho caso de Angélica - Tournage
 
 
J'avais évoqué une famille de cinéma entourant Manoel de Oliveira : celle de ses comédien(ne)s, celle qui s'enracine au plus tôt dans l'œuvre, avec Luis Miguel Cintra, Leonor Silveira ou Diogo Dória, pour ne citer qu'eux. Mais, par ailleurs, quelque chose m'avait totalement échappé… étrangement parce que, quand même, sans être bien pointu, ça m'arrive de faire gaffe… et là… j'avais toutes les raisons du monde de le faire… mais…

Jeudi soir, je me suis offert ma première séance de L'Etrange affaire Angélica, sorti la veille, bien après sa présentation à Cannes via Un certain regard. Il est évidemment trop tôt pour que MOIJE élucubre, mais je peux confier qu'une fois rentré chez moi, j'ai laissé filer quelques heures sans pouvoir ni vouloir songer à autre chose qu'au film.

Je recommence.

Je suis allé m'offrir ma première séance de O Estranho Caso de Angélica au Nouveau Latina qui proposait une rencontre avec l'équipe dite "technique", soit notamment Sabine Lancelin (directrice de la photo), Valérie Loiseleux (monteuse), Christian Guillon et Philippe Szabo (effets spéciaux, si, si) et Christian Marti (chef décorateur), en compagnie de Daniel Chabannes, distributeur avec Epicentre films (qui avait par exemple sorti Mourir comme un homme l'an passé *).

Aveu honteux : je n'ai réalisé que jeudi soir que Valérie Loiseleux est la monteuse des films du Maître depuis vingt ans, depuis La Divine comédie (et a donc monté la quinzaine de films que j'ai vus à ce jour), ou que Sabine Lancelin y compose ses lumière depuis dix ans, depuis Je rentre à la maison en 2001. Hum. C'est pourtant pas exactement comme si leur travail respectif ne m'avait pas semblé particulièrement remarquable jusqu'à jeudi, bien au contraire, mais passons sur ce drame personnel d'un retour de bêtise et de paresse - probablement héritées des pratiques médiatiques - dans ma face !

 

 


O Estranho caso de Angélica - Manoel de Oliveira
 
 
Ce qui compte : c'était bien, cette rencontre. Pas le temps que ça prenne assez, d'aller plus avant que ce que tous pouvaient dire presque spontanément, mais : ils étaient bien, les gens ; ils étaient simples, directs et concrets. Très vite, ils te permettent d'apercevoir la création du film, ses enjeux, ses spécificités. Hum : j'ai pris zéro note, j'étais tout oreille (et tout sourire).

Mais quand même ça : c'est bien dans les diverses fidélités, la compréhension intime qui en découle (ces complicités qui n'ont plus besoin des mots), que se joue aussi la possibilité pour Manoel de Oliveira de poursuivre son œuvre. La "gestion" de l'effort, à trouver pour que la vision s'actualise, ne pourrait reposer sur un homme seul de plus d'un siècle, aussi brillant et résistant soit-il.

Dans le cas d'Angélica, ces unions qui font la force sont comme poussées à un paroxysme, le film ayant été tourné en quatre semaines, monté en cinq (effets spéciaux inclus, grosso modo) et à peu près en même temps, le tout donnant un tournage débutant en mars et un film présenté à Cannes en mai. Sur le plateau, la prise unique est privilégiée, et les répétitions avec les comédiens (il n'y a guère que le visage d'Angélica que je ne connaissais pas de films précédents) sont réduites au maximum. Et de cette urgence singulière et de ce travail ensemble naît bien un nouveau film de Manoel de Oliveira. Alors, l'enchantement procuré par le film vient encore se doubler, après vision, de la magie de ce rassemblement autour d'une vision, comme rarement.

Cela évoquerait comme une contagion ou un envoûtement, mais sans la dépossession de soi, à écouter Philippe Szabo, jeune homme qui s'est occupé des effets spéciaux, raconter comment il s'est retrouvé à recréer "du Méliès" à l'ère du numérique et des moyens qui lui sont propres (et qui n'ont évidemment plus rien de commun avec les trucages optiques d'antan). Et qu'est-ce que c'est beau… Et, dans ce geste là, il y a une forme de transmission, passant par l'appropriation, que je ne démêle pas bien mais qui m'émeut beaucoup. 

Reste qu'à faire un tour sur imdb, la France serait le premier pays où sort le film (mais "l'Avance sur recettes" du CNC vient d'être refusée au prochain Oliveira **) qui n'aurait que des festivals à son compteur et la ville de New York (un écran). Evidemment que L'Etrange affaire Angélica ne prendrait d'assaut le box-office d'aucun pays, mais il y a décidément quelque chose de pourri au royaume de Danemark. Même si - par la grâce de quelques résistances -, pas que : le film est là. 


  O Estranho Caso de Angélica - Cannes 2010

 

 * Epicentre films avait également distribué Christophe Colomb, l'Enigme et Singularités d'une jeune fille blonde.

 

  ** Rectificatif du 20 mars. J'avais d'abord mal compris, et écrit que c'était L'Etrange affaire Angélica qui s'était vu refusé "l'Avance". Il s'agit en fait du prochain film que doit réaliser Manoel de Oliveira, à savoir Gebo et l'ombre (titre provisoire), avec Michel Piccoli et Jeanne Moreau, dont le tournage devrait quand même débuter sous peu. En remerciant beaucoup Daniel Chabannes pour ces précisions, d'autant que si j'attendais déjà avec impatience  A Igreja do Diabo, j'ignorais encore ce nouveau projet et donc, malgré cette triste et incompréhensible nouvelle côté CNC, c'est la fête !

 


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commentaires

Gilles Arnaud 16/04/2011 20:27



Il s'agit bien de Laure Adler... et pas Edler...



D&D 19/04/2011 01:37



;-)



Gilles Arnaud 16/04/2011 20:26



Bonsoir D&D,


Je savais bien que je trouverai une chronique de ton crû sur le dernier film d'Oliveira.


C'est Laure Edler qui m'a confié de bon matin sur France Culture sont engouement pour ce film. Je m'attèle de temps à autres à suivre ses vrais/faux coups de coeur. Cette fois-ci, elle parle du
meilleur film de Oliveira, d'un réalisateur qui nous offre l'essence de son cinéma, du cinéma tout court. Et donc je pense à toi...


Je n'ai pas vu l'oeuvre, je boude les salles ces temps-ci, ayant du mal à trouver des lieux où les spectateurs ne commentent pas ce qu'ils sont en train de "regarder". Espère tout de même trouver
un lieu sombre pour REGARDER cette dernière émanation du maître.


Bonne soirée à toi.


Gillou



D&D 19/04/2011 01:37



Bonsoir Gillou ;-),


C'est vrai que le film entretient un rapport particulièrement fort avec une définition même du cinéma (tel qu'Oliveira la vit) via son sujet et, disons, sa scénographie. J'aimerais y revenir,
mais c'est vrai que beaucoup a déjà été écrit/dit sur ce film, et souvent de très pertinent, en mon sens. Il ne restera peut-être pas comme un de mes tous préférés du maître, mais je trouve aussi
que c'est un grand film.


J'ai résolu, comme toi, de fuir les agités de toutes sortes dans les salles, mais globalement, sur un film d'Oliveira, le risque me semble réduit à son minimum : à mon avis, tu peux te lancer
:-)



Neil 02/04/2011 22:04



J'ai battu ma coulpe, et je viens de voir le film, au Latina ;)
Il y a de belles images, c'est du bel ouvrage à n'en pas douter.



D&D 05/04/2011 13:31



Quelle chouette nouvelle ! Hâte de te lire sur le film.



Chris 27/03/2011 19:32



Pas autant que toi je pense mais tout de même très séduit par cette union sacrée entre la mort et la vie sous forme de fable 



D&D 28/03/2011 12:23



Oh, c'est cool ça ! Je viens te lire dès que je l'ai revu (ce soir ou demain) :-)



comprendre 22/03/2011 23:09



Ah zut, j'ai refilé mon exemplaire du canard enchaîné dans lequel ils descendaient le film, je ne pourrais pas te reproduire les propos exacts. Mais en substance ils disaient que le film était
chiant à mourir... rapport au personnage. Bon en même temps ils y connaissent quoi en ciné les mecs du canards ? Anyway... C'est bien que tu aies pu rencontrer les technicos, j'espère que t'as
demandé un autographe ;) Ils ont dit si c'était difficile de travailler avec un homme de plus de cent ans ?



D&D 23/03/2011 02:12



Salut comprendre,


Je ne sais pas qui écrit sur le ciné dans Le Canard, mais je doute que ce soit une rubrique très importante chez eux. Pour autant, "se faire chier à mourir" devant un film d'Oliveira, ça
doit arriver à beaucoup de gens, j'ai encore moins de doutes là-dessus : je crois que ça fait partie des réactions les plus courantes, d'une manière générale, dès qu'on sort des formatages
actuels. Tout cela dit, je ne dois pas être la candidat idéal pour estimer la pertinence d'une critique négative sur un film d'Oliveira (en tout cas sur ceux vus à ce jour). :-)))


Pour la question, ça dépend du sens de "difficile", je dirais. Ce qui semble vraiment difficile, c'est de faire ces films avec des budgets étroits, ça, ça m'a paru net. Sinon, la question semble
surtout celle de la gestion du temps à trouver. Je me souviens d'une interview d'Oliveira où tout l'enjeu pour lui est une "économie de l'effort" au sens où il fatigue nécessairement très vite.
Et alors, c'est peut-être pour la monteuse,que c'est le plus "difficile" (en tout cas dans mon ressenti sur les différentes interventions), parce qu'il n'y a souvent qu'un seule prise par scène
(c'est-à-dire pas même une seconde prise "de sécurité", si j'ose dire). Cela dit la gestion de l'effort peut revenir aussi à une problématique financière, dans une certaine mersure.


Bref, ce que j'ai ressenti avant tout à les écouter parler, ce n'est pas de la difficulté, c'est une stimulation singulière, et une solidarité et/ou des solidarités fortes. Je dirais même qu'il y
avait un "bonheur" palpable à avoir fait ce film, et pas du tout un truc genre "argument marketing" (à des années lumières donc de ce qu'on peut voir parfois sur des bonus DVD). Last but not
least, cette joie (presque secrète d'ailleurs, pas du tout affichée, mais communicative) se renforce certainement par la contrainte, mais elle n'y prend pas sa source (genre, c'est super bien d'y
être arrivé alors que Oliveira a plus de cent ans : ça, ce serait pas super intéressant en mon sens).  



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