Brèves

Samedi 31 octobre 2009

 


Beetle Juice - Tim Burton


Sous le charme, on dit comme ça : je n’avais pas vu Beetle Juice à sa sortie. Le début m’a un peu inquiété - j’y reviendrai -, et même, avant… Avant le début, la file d’attente : une fois cerné uniquement par de jeunes étudiants, l’on réalise parfois qu’on ne l’est plus soi-même, si jeune, socialement en tout cas. Puisque je suis encore à cet âge-là ; ou je le crois. Ou j’y tiens.

Mais j’étais content de retrouver Geena Davis et j’ai pas mal de respect pour Tim Burton, sans en être inconditionnel, sans même avoir vu tous ses films, la preuve.


Et en une scène : la fameuse – j’imagine – première scène de repas "social", et sa mutation, j’étais tout à coup aux anges : j’ai ri, comme pas tous les jours. Et le sourire ne m’a pas lâché jusqu’à la fin du film.


Je craque pour l’homme à la tête réduite, le fumeur impénitent et quelques autres macchabées, pour Geena vocalisant ses «houuuuu» de fantôme dans de beaux draps, pour l’art des mariages mortifères, et le cabotinage de bon aloi, pour une fois, de Keaton en monstrueux obsédé.


Surtout : cette fraîcheur, presque étonnante en voyant ce film après Sweeney Todd – j’attends de revoir Edward aux mains d’argent, maintenant que je suis parfois plus jeune qu’avant -, cette fraîcheur… Cette scène finale ! Que je trouve juste parfaite. Simple et parfaite.

 


 

Tim Burton - Beetle Juice  

Par D&D
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Mercredi 26 août 2009


Blue Collar - Paul Schrader  



Trois potes ouvriers dans l'industrie automobile américaine, leurs étroites conditions de vie ; trois mâles et leurs "contre-pouvoirs" : une entreprise, un "union" américain, voire la structure familiale pour deux d'entre eux. Ils vont s'unir pour un acte risqué, tentant, chacun à leur manière, d'approcher les mains du gouvernail, de flirter avec certaines libertés, autrement que par les ponctuelles "fêtes" qu'ils partagent en catimini…

Je trouve que : le point de tension entre l'idée d'une résistance collective et la (croyance en la ?) nécessité individuelle de chacun s'avère la perspective la plus vibrante du film. Les forces disloquant le groupe lui demeurent tout autant externes qu'internes, Paul Schrader insistant sur la manière dont le système n'invite qu'à la séparation.

Si l'invitation à suivre le trio fonctionne globalement, les forces externes restent nettement moins intéressantes, insuffisamment développées pour que l'on dépasse une évidente bien pensance et un nombre certain de lieux communs, les personnages ayant en outre particulièrement la "gueule de l'emploi", dans un sens assez restrictif.

Alors… j'ai de la sympathie pour la petite "party" et sa descente, par exemple, ou pour le "haut fait" et ses déguisements, enfin pour la sombre et bourdonnante poursuite de voiture : Blue Collar resterait un premier film plus que prometteur…

De là à en pincer vraiment pour Paul Schrader, il me faudra peut-être (re)voir davantage : je connais mal l'auteur, n'ai pour l'instant croisé que American Gigolo, Autofocus, The Walker, et maintenant Blue Collar qui m'arrête peut-être davantage, parce que…

 

Blue Collar - Paul Schrader


Par exemple, on dit parfois "mélange des genres", et je n'y connais rien aux "genres", mais je suis très séduit par les changements du ton, de mode, de mood, dans Blue Collar : ces évolutions révèlent particulièrement la belle fluidité des liaisons au fil du récit, et entre images - pas seulement au sens de l'art du montage, je crois -, depuis des moments presque légers jusqu'aux très sombres... Un art du glissement, des dérapages...

De fait les écritures, scénaristiques et filmiques, de Paul Schrader me semblent se répondre très étroitement tant dans leurs faiblesses que dans leur(s) force(s).

Ainsi, je me sens bien plus porté par la construction du récit que par l'histoire elle-même. Cela peut sembler paradoxal, mais : si une sorte de grand écart nous est proposé entre l'ouverture et la clôture du film, en évitant l'écueil du tour de force des écritures, Schrader enfonce tout de même de sacrés clous. Cette histoire m'apparaît une nouvelle fois épaissement programmatique, et dans un sans-appel presque suspect, comme poseur dans une forme contrariée de contentement de soi.

Les scènes elles-mêmes ne sont pas nécessairement inspirées dans leur savoir-faire évident plombé par un faire-savoir au marteau et à l'enclume, laissant les possibles au point d'impact… Je me serais ainsi bien passé de la scène finale avec sa reprise de "citation-clé" et son arrêt sur image.

Me reste donc une force sur le liant, sur la durée, sur le through… Et je me demande si ce n'est pas quelque chose de similaire qui me raccroche à la plupart des derniers Brisseau, dont la lourdeur du propos - voire des scènes - tend à me décourager, bien que Brisseau (me) questionne davantage, et de manière moins attendue… Ou bien : I'm not there de Todd Haynes, qui aura fait rire ou ennuyé bien du monde, et dont aucune scène ou séquence ne trouverait réellement grâce, mais dont le mouvement d'ensemble existe, fortement, à mes yeux… Bref, c'est une force singulière, à laquelle Blue Collar me confronte à nouveau. J'ai envie d'y être plus attentif, plus disponible. Et la ressentir plus précisément.
 



Harvey Keitel - Blue Collar
 

Par D&D
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Mercredi 12 août 2009





A un moment, tu ne sais plus : si tu manques de sérieux, ou le contraire, mais tu t'accroches, recommences, et ce qui compte : que cela corresponde à la fois, et tant que possible aujourd'hui, à ton réel et à ton vœu. Alors : bien que d'autres films les aient rejoints depuis, je vis toujours avec les films sortis en France en 2007. Aussi.

C'est que je n'aime pas beaucoup comment tant ne survivent plus que quelques jours en salles. Aussi. Et je ne suis pas bien rapide, sans doute, mais fidèle, peut-être, tant que cela ne me trahit pas et que je vis avec : sur la durée.

Et quand le moment s'avère propice.

Alors : je viens de revoir La France de Serge Bozon, un des films que j'avais eu le plus de joie à découvrir en 2007, bien que tardivement… Je n'étais pourtant pas spontanément enchanté d'y aller, d'autant que c'était de bon matin…

Mais, par exemple : j'aime bien Pascal Greggory, et même, depuis Dans la Solitude des champs de coton (au théâtre) et Ceux qui m'aiment prendront le train, je l'aime énormément.
 

 
La France - Serge Bozon


Comme le film se passe pendant World War One, forcément, il ne saurait être que drôle, et pourtant : son humour tragique me cueille la seconde comme la première fois. Et puis, je ne peux que remarquer le travail sur la lumière et la couleur, que les Français oublient parfois à mon grand agacement, même si je ne saurais en faire une valeur-refuge.

Et puis donc, Pascal Greggory, et Sylvie Testud, sans oublier François Négret (et sa très belle "redite" créée par le montage à la fin d'une tirade simple mais assez imparable pour MOIJE) : trois comédiens de forte nature au talent épanoui… Le reste de la distribution ne démérite pas, belle et courageuse "direction d'acteurs", on dit comme ça…


Enfin, surtout : il y a ces soldats, tout à coup, qui chantent.

Croix de bois, croix de fer, je n'en savais rien en débarquant dans la salle. Et voilà donc qu'ils se mettent à chanter ces soldats ! Et des chansons pas possibles, très difficiles, pour ce que je comprends à l'art du chant… et… des chansons qui seraient celles d'une femme. Ce sont des soldats qui chantent en voix de tête les aventures d'une femme à la première personne… Et ce qui m'émeut particulièrement : là où les habitudes nous font fantasmer ou voir des recrues alternant entre chansons à boire et virils moments paillards, là, tout à coup, il y des hommes qui chantent une femme… et je ne sais pas comment dire… c'est tout le contraire de se rappeler uniquement aux orphelins désirs, aux femelles absentes… c'est…

Délivrer une incarnation de la femme, être avec, l'inviter à côté de soi, la rendre un peu présente, la rêver un instant, l'avoir tout près de soi, l'avoir en soi. Pour de bon.



La France - Serge Bozon


Par D&D
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Mercredi 24 juin 2009


Antichrist - Lars von Trier


MiD&Dnette tombe instantanément amoureux de Charlotte Gainsbourg lors de la cérémonie de clôture de Cannes. Aussitôt, MOIJE me dis… ben oui… en fait… pourquoi pas ?...

Malgré tout ce qui se répète, qu'on ne voudrait même pas entendre avant de l'avoir vu, mais impossible, impossible d'y échapper, cette impression de tout savoir, et que, décidément, il exagère, mais quel poseur, et misogyne avec ça, et christianisme de nom de dieu d'et j'en passe : j'étais préparé à ne pas aimer Antichrist de Lars von Trier ; les trous d'air chez les artistes que je reconnais ne me gênent pas. Au moins : prêt à trouver ça mauvais. Tant de gens qui avaient vu le film avant de l'avoir vu… après tout… pourquoi pas ?

Retournement inattendu de situation, donc : "pourquoi pas" avait mué en "pourquoi pas" et tout avait déjà changé !... C'était simplement redevenu possible…

C'est drôle comme j'étais convaincu qu' Antichrist s'arrêtait à la bûche tant elle semblait indépassable : impossible d'y échapper, même dans la rue, IMPOSSIBLE, dans les files d'attente,  au ciné, des gens racontent qu'il ne faut surtout, surtout pas y aller avec ce terrible bout de bois - une scène d'Irréversible me remonte -, mon estomac se cabrait déjà d'accueillir l'indigeste bûche… Il serait une fois un film misogyne avec une bûche pour preuve : est tapi là-dedans quelque chose qui me fait rire à ventre ouvert, maintenant que je l'ai vu (et repensant à bien d'autres films)…

Ah la la, j'étais prêt à bien des choses. Ou je l'ai cru. Mais je l'ai vu. Et il me plaît. Et je le trouve beau. J'y retourne. Gainsbourg et Dafoe y sont magnifiques. Je tiens le rôle de cette femme pour extraordinaire. Oui, j'ai tourné la tête quelques fois : oui, là (ou en ce moment), je préfère comme ça. Je t'en foutrais de la bûche misogyne ! J'en ris encore. Non. Ce n'est pas drôle. Il ne faut pas parler des films de Lars von Trier en France. Dont acte. Alors c'est juste que je ne suis finalement pas sérieux du tout. C'est juste que je suis amoureux de Charlotte Gainsbourg. Et basta :-)


Antichrist - Lars von Trier


Par D&D
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Samedi 30 mai 2009


Ne change rien _ Pedro Costa


A ma connaissance, Ne change rien de Pedro Costa n'est pas encore annoncé en France. Le film vient de passer au Forum des images, via la programmation de la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes.

Jeanne Balibar chanteuse, je ne connais pas, et même, MOIJE ne connais pas grand-chose à la musique, aux musiques, voire aux chansons : je connais surtout où je peux danser. Mais quand j'essaie de m'arracher à mes ignorances, ce n'est pas spontanément par là que je vais : Jeanne Balibar chanteuse. Bon.

Le film, je le reverrai. Nécessairement. Alors, je pourrai tenter d'en parler sérieusement… Qui sait ?... Et là, maintenant : je ne sais pas comment il s'est tourné ce film, comment ça s'est - concrètement - organisé. Hors cela brûle presque l'envie de savoir tant c'est...

Qu'est-ce que c'est : la confiance ?... Cela ressemblerait aux présences du film envers Pedro Costa et envers nous, et réciproquement(s !), déjà. Un point,  juste : Balibar se laisse filmer en plein travail ; au moment où ça travaille. Pas nécessairement au moment où quelque chose advient, mais aussi : quand ça vient pas. Ou pas encore… Et je tiens le droit à l'erreur  - et/ou celui de ne pas y arriver, ou pas encore - pour l'une des plus terribles peaux de chagrin des temps... Alors : le moment où tu te plantes, ou celui où la recherche n'est encore que labourer la terre... Même pas vraiment semer... La confiance, cela ressemblerait à faire un film avec ça dedans - pas que - et que des spectateurs pourront le voir sans chercher le rapport de force : plus fort que Jeanne, plus fort que le film, etc.… 

Joie(s) d'être désarmé et se laisser désarmer… J'avais dormi trois heures, cru que je ne tiendrais peut-être pas longtemps bien éveillé… Me suis retrouvé la bouche ouverte, souvent, à l'exact opposé du bâillement... Des gens partaient, ayant parfois attendu autre chose que ce qui est offert ici ? Je ne sais pas… Mais si ce n'est pas que mon bon plaisir : je sens bien que je vais en avoir des tartines à lire, et à vouloir écrire, sur ce chant noir et blanc là.



Par D&D
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Mardi 19 mai 2009


Inland de Tariq Teguia


L'an passé, in extremis, à 11h00 du mat' - difficile de faire pire pour le métabolisme de votre serviteur -, j'avais pu voir Rome plutôt que vous, beau film, difficile - on dit comme ça -, que j'attends de revoir… Avec davantage d'impatience maintenant que j'ai enfin pu découvrir Inland.


Inland… La beauté d'un film qui "décolle" quand arrive ce qui serait encore l'indésirable pour beaucoup. Ce qui fait peur, souvent. Peut-être ce qui manquait à Rome plutôt que vous ; quelque chose qui l'ouvre ; ou bien c'est sa force, aussi, de nous cantonner à cette pression-là. Je dis peut-être n'importe quoi. C'est loin, déjà. Il faut que je le revoie.

Comme en sortant de Rome plutôt que vous, je me dis : "Va falloir t'informer un peu plus sur ce pays, mon pote, et son présent, et son histoire"… Toujours cet arrachement à faire, en tout cas pour moi, vers tout ce qui n'est pas un peu familier… Le petit français nourri aux seins français et américain du cinéma... Enfin... Pas n'importe quels tétons français ou américains non plus, hein ? Voyons !… Une gorge bien blanche, judéo-chrétienne s'il vous plaît et hétéronormée à souhait. Yeah !!!... Non mais. Des fois... Des fois que...

Je me souviens comme nous n'avons pas étudié la guerre d'Algérie en histoire. Il y a des choses comme ça, on ne sait pas pourquoi ça passe à la trappe. En tout cas, au moment où ça se passe. Après, on sait, bien sûr. Dans un autre registre, l'éducation sexuelle, je me souviens, aussi, comme cela avait mystérieusement disparu du programme. L'Algérie non, pas disparue : effleurée. Oh, si délicatement ! Conformément au programme, il me semble… Tout cela s'est peut-être arrangé depuis. Peut qu'être moins pire, je crois : tous les espoirs sont donc permis !

Inland... J'y reviendrai. Non. Je pars avec toi.

Par D&D
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Mardi 3 février 2009



Les Trois singes



Bientôt huit ans que j'ai vu Nuages de mai. Que j'ai été avec. Tout de suite. Aussi : parce que pour la première fois, quelqu'un m'évoquait fortement Tarkovski.

Faire plus précisément connaissance... Je vais voir tous les films de Nuri Bilge Ceylan depuis. Pas si simple pour MOIJE parce qu'au fond, peut-être : ce n'est pas ma sensibilité. On dit comme ça, aussi. Et peut-être même esthétiquement, hormis les liens avec Tarkovski. Ce n'est pas grave. Il me faut plus de temps. Revoir. De temps en temps…

Son dernier film serait celui auquel j'adhère le moins. Mais je n'éprouve aucune "déception". On dit comme ça, aussi. Ceylan creuse bien des possibles, et sa recherche, que chacun trouvera plus ou moins gracieuse selon l'œuvre, reste une des plus exigeantes, et des plus audacieuses, à mes yeux. Et pas seulement reste : devient. Aussi.

Et puis… cette direction d'acteurs qui m'impressionne, le beau travail des comédiens eux-mêmes… une voiture qui s'enfonce dans la nuit… un homme qui disparaît dans l'impossible raccord de son regard vers une fenêtre ouverte qu'il ne pourra voir de sitôt… un art de l'ellipse singulièrement stimulant… et la détresse d'une jeunesse… et l'endurance d'une femme, contre (le retour de ?) la violence des hommes…

Et… aussi… ce travail sur le son… jusqu'à ces plages où un silence total (sans "ambiance") abrite quelques propos murmurés… à croire un instant qu'ils sont en russe, que je les ai entendus il y a longtemps, que je suis heureux de les retrouver… Mais il ne faut pas s'arrêter là. Je veux d'abord, aussi vite que possible, recommencer. Alors, surtout, revoir Nuages de mai, dont il est si justement question ici.



Par D&D
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