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26 mars 2012 1 26 /03 /mars /2012 02:05

  Tempête de ***SPOILERS***

 

 

 

Jessica Chastain - Take Shelter - Jeff Nichols  
 

Au début (du recommencement), la force d’Andrew nous apparaît dans le rapport entre son pouvoir et la manière dont ses mains le convoquent, et l’évoquent. Dans la scène des Legos, il reprend d’abord Matt - qui n’y arrive pas très bien - sur sa gestuelle. En songeant à la danse des mains d’Andrew, je pense très vite à Samantha (Jessica Chastain) qui apprend le mot storm à sa fille, en langage des signes, là-bas, dans le film de Jeff Nichols. Ici, Andrew signe et signale son pouvoir de ses paumes, de ses doigts : ce qui distingue d’abord cette force de celle de ses acolytes, c’est sa précision et sa délicatesse, celle qui lui permettra de faire évoluer sa caméra. Progressivement, ce jeu de mains ne sera plus toujours nécessaire, son regard en brûlera suffisamment pour que nous n’oubliions pas, tandis que storm prendra peu à peu toute la place.

Les Etats-Unis vont très mal, comme tout le monde,
mais c’est à croire que c’est suffisamment grave maintenant pour que le cinéma redevienne particulièrement vibrant. Euh… vivement qu’on n’en puisse vraiment plus en France ?… Non, ce n’est pas ce que je voulais dire, mais : Take Shelter et Chronicle auront constitué deux très belles surprises, sur les deux premiers mois de l’année, deux moments de grand plaisir porteurs de scènes assez inouïes, deux œuvres fondamentalement dépressives et dénuées de pathos, mais se permettant lyrisme voire exaltation.

C’est qu’ils vont d’emblée pas bien : le jeune Andrew (Dane Dehaan) et le grand Curtis (Michael Shannon), l’ado et l’adulte – tous deux portés par des interprètes impressionnants, une découverte et une confirmation. Peut-être que l’un ne s’en sort pas tout à fait de ne pas être intégré, et l’autre de l’être trop. Impression que leurs chemins respectifs, et ce qui en fait la beauté, ce ne serait pas la volonté d’agir sur cette situation (véritablement s’intégrer ou s’exclure), mais la pure force dont ils sont porteurs et qu’ils essaient de comprendre ; et alors, ma sensation serait vraiment centripète pour Curtis et centrifuge pour Andrew. L’un tendrait à la disparition du monde via son absorption progressive au cœur de ses visions, l’autre via le mouvement indéfiniment répété de « repousser » jusqu’à peut-être désintégration. Ce qui va compter alors : leur propre regard et l’action des autres. Curtis s’ausculte, s’observe via les livres, les médecins, sa mère ; Andrew se filme…

Infinies tristesses de Curtis, ou d’Andrew, en tenue de chantier, en tenue de pompier, et leur grande peur d’un monde hostile : tu n’es pas mon ami, toi qui m’ignorais avant notre recommencement, ou tu n’es pas ma femme, toi qui m’attendais dans la cuisine près du couteau, ruisselante de la pluie dévastatrice. Cela n’y changerait pas grand-chose de croire que c’est Curtis qui a un superpouvoir (la version prophète) et que c’est Andrew qui est juste devenu fou de solitude ; si ces interprétations ne me semblent pas pertinentes en elles-mêmes, elles créent d’intenses coulisses à celles dont elles sont comme le revers.

 

 

Chronicle - Josh Trank (02)


Take Shelter - Jeff Nichols (02)
 

Mais peu importe : l’un aura son spectacle de magie et l’autre son repas spectaculaire. A partir de ces deux scènes charnières et de leur bel échec : Andrew ne sera pas intégré, Curtis ne sera pas délaissé (sa femme l’accompagnera jusqu’au bout, ça se scelle là). Mais c’est leur réussite aussi : Andrew veut mourir et Curtis partager. Les deux seront exaucés par l’autre (l’ami, l’épouse). C’est ce point-là aussi qui rapproche ces deux films de crise, en ce qu’ils s’avèrent tout autant deux très belles histoires d’amour (conjugal dans un cas, amical dans l’autre), en tant que l’amour est un acte. Mon bémol resterait que dans les deux cas une lecture très puritaine soit possible, alors que je ne pense pas que ce soit le cas, ou le but. Mais c’est un peu dommage, cette évacuation du corps, de la sexualité (finalement peut-être plus encore dans Chronicle même si c’est moins directement le sujet que dans le cas du couple, mais vraiment la scène avec la fille aux cheveux rouges, c’est pas une bonne idée du tout, si ?).

Le premier plan de Chronicle : dans le miroir accroché à la porte de sa chambre, nous voyons Andrew derrière sa caméra ; derrière la porte il y a le père, ivre, violent. C’est une séquence simple, terriblement efficace… dont il y aurait trop à dire (pour MOIJE). Mais déjà : cette scène peut être vue comme la première à « payer son dû » à ce qui a mis le found footage à la mode quelque temps, autrement dit des films qui d’une manière ou d’une autre sont censés foutre les chocottes et fortement par l’immersion supposée via un tel dispositif (Blair Witch, Cloverfield, Diary of the Dead, Rec, etc…). La scène de Chronicle, très simplement, m’a fait peur, de plus en plus peur : angoisse que la porte se fracasse, que le miroir se brise, que surgisse le visage encore inconnu du père qui ne serait alors qu’une incarnation pure d’une forme de furie, face à laquelle Andrew (taillé comme un barreau de chaise) et nous serions nécessairement impuissant.

Mais le chemin de Chronicle ira bien ailleurs et se dégagerait même comme le seul qui tente vraiment quelque chose avec sa caméra subjective, quelque chose d’autre qu’une forme d’épate ou de (pseudo- ?) réflexion sur les images : ce n’est pas juste une idée astucieuse, ou une expérimentation, ou le simple appui du réalisateur réel, c’est bien, cette fois, pour l’essentiel, une connexion intime et nécessaire avec le(s) personnages.

C’est qu’il y a dans le cinéma, dans le fait de s’y aventurer en tant que créateur, peut-être plus encore que dans le théâtre, la volonté double d’être seul et avec les autres. Il peut y avoir une part de refus de la stricte position de créateur véritablement solitaire comme peuvent l’être le plus souvent le peintre ou le sculpteur, par exemple. Et Chronicle, via la justesse de l’utilisation du found footage, se bagarre aussi avec ça : Andrew se bagarre aussi avec ça. Lors d’une scène en voiture, Steve demande à Andrew si filmer n’est pas un moyen de maintenir une barrière entre lui et le monde, entre lui et les autres. Qu’il y ait de ça semble assez évident, mais pas que : un point de montage répond à Steve en montrant tout à coup Andrew à côté de lui, filmant maintenant de manière à s’inclure dans le champ, à ne plus être simplement de l’autre côté de… « la porte ou le miroir ». Et rien n’empêche de voir aussi Curtis (Michael Shannon) comme un artiste dont il s’agira in fine de partager la vision. L’inadaptation d’Andrew ou de Curtis s’approcherait aussi comme l’exacerbation de la position ambivalente du créateur en équipe : avec et sans toi.
 
 

 

Take Shelter - Jeff Nichols (03)
 

… Suite et fin en ligne bientôt (cette fois, c’est vrai !)
  

 

 

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14 mars 2012 3 14 /03 /mars /2012 11:17

 

 

Phèdre - Patrice Chéreau

 

 

 

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10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 20:05

 

A Dangerous Method - David Cronenberg




Je tiens debout, et plutôt avec le sourire, mais je suis terriblement distrait en ce moment ; mon attention est lâche, ma concentration éphémère. Je n'arrête pas de recommencer. Je n'ai que des bribes de mon intuition pour le faire, face à mon travail, face aux films qui m'intéressent, face au Maître ignorant de Rancière que j'essaie d'approcher moins superficiellement en le gardant à portée de main. Ponctuellement, quelque chose se réenclenche, et j'ai l'impression de redevenir un peu actif, pour de bon. Puis la distraction l'emporte à nouveau. C'est fatigant, et je fume trop, mais je ne me décourage pas tout à fait. Evidemment, c'est ingrat, et c'est ingrat de continuer à "tenir le blog" ainsi. Et c'est tout le paradoxe de cette sorte de monstre qu'il représente pour moi : si je  ne m'y tiens pas un minimum, même mal, même anecdotiquement, je sens que je perds comme un des derniers fils qui me tient vigilant (parce qu'il concourt, obscurément, à me maintenir actif face au cinéma, et que sans lui, je pourrais facilement re-dériver vers la pure consommation, je le pense vraiment) ; dans le même temps, il participe de mon engluement dans la toile, que je ne sais pas encore bien "gérer", dont je ne maîtrise pas le(s) fonctionnement(s), l'avidité ou la dispersion, et que j'identifie toujours comme la principale nourriture de ma distraction (même si : pas que, bien sûr). Je sens toujours une forme de "reconnexion" s'opérer en moi quand je peux prendre des vacances dans un contexte qui me coupe non seulement du travail, mais aussi d'internet. Mais je crois que si j'essayais d'être un peu radical à me couper d'internet un certain temps, dans mon quotidien réel (hors vacances), ma distraction prendrait simplement sa source ailleurs. Une autre "addiction" l'emporterait. Alors je reste face à mon monstre.

C'était marrant aujourd'hui, d'être invité par un copain à regarder cette vidéo (sous-titrée en français). Elle m'a fait du bien. Je n'aime pas tout, loin de là, et j'imagine les compromis nécessaires à ces terribles présentations "à l'américaine", mais tout de même, ce n'est pas rien. Et cela a ponctuellement à voir avec Le Maître ignorant.

Et là, tout à coup, je pense, et c'est flou, mais ce n'est pas pour faire une phrase, ou pas seulement : mon blog est mon maître ignorant. En tout cas, c'est sa meilleure part.



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29 février 2012 3 29 /02 /février /2012 17:00

 

 

Erland Josephson - Le Sacrifice

 

 

 

 

Erland Josephson - Scènes de la vie conjugale

 

 

 

 

Erland Josephson - Nostalghia

 

 

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Josephson Erland

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22 février 2012 3 22 /02 /février /2012 23:39

 

 

Aquele Querido Mês de Agosto

 

 

 

 

 

Aquele Querido Mês de Agosto

 

 

 

 

 

Aquele Querido Mês de Agosto

 

 

 

 

 

Aquele Querido Mês de Agosto

 

 

 

 

 

Aquele Querido Mês de Agosto

 

 

 

Ce cher mois d'août de Miguel Gomes

 

 

 

 

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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 22:30


Sport de filles - Patricia Mazuy         


J'ai un souvenir très flou, mais aimant, de Travolta et moi et surtout de Saint-Cyr. Je sais que ce n'est pas flou à cause des films, alors je voulais voir Sport de filles, mais je n'arrivais pas à trouver vraiment le désir, à cause des chevaux, ou plus précisément des mondes équestres : c'est Mars pour MOIJE, mais d'une manière où j'ai comme pas envie de m'y intéresser. Presque : je préfèrerais ne pas avoir à trouver ça intéressant… Même si je sais bien que la qualité du film n'aurait in fine pas à voir avec ça, ou pas seulement, que ce ne serait que son terreau… Un peu comme mon pote de ciné qui aime beaucoup Eastwood mais n'arrivait pas à aller voir J. Edgar, parce qu'à un moment te dire que tu vas voir un truc qui te donnera la complexité d'Hoover, et donc te restituerait son "humanité" - même si sur le principe tu ne te sens pouvoir être que d'accord, au fond -, ben en même temps t'aurais surtout envie d'avoir plus urgent à voir ! Peut-être que la bande-annonce de La Dame de fer a bien aidé mon pote à s'apaiser avec J. Edgar : le boulot d'Eastwood avait peu de chance de ressembler à cette chose hallucinante où ça me contrarie un tantinet que Meryl Streep fasse passer ça (mais j'oublie pas que beaucoup de bandes-annonces racontent aussi le contraire des films qu'elles sont censées présenter). En tout cas, face à celle de Miss Maguy, je peux pas m'empêcher de me demander s'il y aurait pas un truc plus problématique qui se joue - et que je crains - que lorsque plein de gens n'étaient pas contents que Bruno Ganz joue Hitler. Mais comme j'ai vu aucun des deux films à ce jour, je préfère reporter l'embryon de réflexion... Quand même, je me dis que le truc avec Meryl Streep, ou sa bande-annonce donc, ça pourrait peut-être s'appeler Sport de filles aussi, d'une manière tordue et comme opposée, et du coup ça me donne super envie de voir le film de Miss Mazuy !

Mais là, je m'emballe et je raconte (vraiment) n'importe quoi, je réécris l'histoire : j'ai bêtement trouvé le désir de voir le film quand j'ai réalisé qu'il était avec Bruno Ganz. J'ai jamais trop vu Bruno Ganz : chaque fois que je l'ai vu, j'ai eu envie de l'aimer. Je sais pas tout à fait pourquoi. C'est même pas pro, même si je l'ai toujours trouvé très bien, mais c'est pas ce qui prévaut dans cette affection-là. C'est quelque chose dans son visage - en tout cas, celui que je connais, toujours à plus de cinquante piges je crois - , et j'y pense aussi parce que ça a un peu à voir pour moi avec celui de Ben Gazzara. Un visage que je suis toujours heureux de voir. Je me dis qu'il va falloir que je prête attention à son travail. Mais déjà je suis content de me décider à aller voir Sport de filles. Aussi : j'avais beaucoup aimé Marina Hands en Lady Chatterley. Mais c'est moins mystérieux comme amour, ça me surprend moins. Ou je le crois.

Donc je vais voir le film : je sais pas pourquoi je passe un très bon moment avec. Je peux croire un peu savoir quand il y a Ganz à l'image, mais quand même, c'est pas ça pour de bon, une fois devant le film, je sais bien. Ça me gonfle quand même très vite ces histoires de dressage, et le fric, et les costumes, en tout cas le mélange des trois. Et j'ai du mal avec l'hyper-caractérisation (à l'américaine, je me dis très vite) des personnages. Mais en fait non, c'est pas vrai, j'ai pas vraiment de mal du tout : je passe un très bon moment. Je suis intéressé (par le film) et découragé (par moi) à la fois. C'est un de ces cas un peu rares où je me sens à la fois très proche et très étranger à ce qui se passe. Je lis un portrait de Patricia Mazuy, puisque décidément je trouve cette femme étonnante, et ça me fait pareil : très proche et très étranger. C'est une articulation singulière. J'ai surtout l'impression de buter, et je vais pas me faire violence non plus, mais si les journées étaient un peu plus longues, je passerais beaucoup de temps avec ce film. Là je préfère attendre, laisser le temps me travailler, que quelque chose s'apprivoise, s'amadoue, se détende. Pas seulement l'intuition qu'il est bien, ce film, enfin je le reverrai : quand la volonté et le désir se recroiseront, autrement. C'est peut-être même très bien Sport de filles. En tout cas, je vais quand même oser l'écrire : y a quelque chose dans ce film qui (me) remet en selle.




PS : je trouve ça vraiment pénible que le film soit déjà si peu en salles. J'ai quand même l'impression que le titre n'aura pas aidé. Je le conteste pas en soi du tout, mais je le trouve bizarrement presque suicidaire. Peut-être que ça me surprend un peu trop, pour une fois, comme le film se plante à ce point question fréquentation. C'est triste.

PPS : Buster écrit pas mal de choses sur le film, aussi via les commentaires (et alors, il n'est pas le seul). L'article des Cahiers du cinéma m'intéresse bien aussi.

 


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4 février 2012 6 04 /02 /février /2012 12:52

 

 

 

The Killing of a Chinese Bookie - John Cassavetes

 

 

 ...

 

 

 

Opening-night - John Cassavetes

 

 

 

 

Husbands - John Cassavetes

 

 

 

 

Conte de la folie ordinaire - Marco Ferreri

 

 

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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 22:54

 

Emma Stone 2012

 

 

 

A défaut de faire mon top 2011 dans les temps impartis, je confirme Emma Stone comme mon principal nouveau choc sensuel ciné 2011 (ayant découvert cette année-là Zombieland et Easy A).

 

Dans un autre registre, en voulant chercher un peu ce qu'avaient pu faire les interprètes de Snowtown, je suis vite tombé sur cette photo de Richard Green (saisi de penser que c'était bien lui, le vieux travelo, dans le film australien) : là aussi, le regard, et la couleur des yeux m'ont séché. Je ne suis décidément pas sérieux et cela me donne vraiment envie de voir le film, Boxing Day, dont vient cette image :

 

 

 

Boxing Day - Kriv Stenders

 

 

 

Cette petite parenthèse faite, je vais tâcher d'écrire un peu... Sans doute pas sur Take Shelter qui m'intéresse beaucoup, beaucoup, et que j'ai eu un très grand plaisir à découvrir, mais je doute d'avoir quoi que ce soit à ajouter à l'enthousiasme général. En tout cas, l'année commence chouette (au cinéma) !

 

 

 

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14 janvier 2012 6 14 /01 /janvier /2012 01:54


Snowtown - Justin Kurzel


J'étais allé voir Snowtown de manière imprévue et presque par hasard, ou tout au moins par malentendu (deux ou trois lignes de résumé imprécis). Ce n'est qu'aux cartons venant ponctuer la fin du film que j'ai appris qu'il se colletait une "histoire vraie" ; je ne trouve pas ça nécessairement pertinent dans la réception d'une œuvre, mais là : ça m'a fait quelque chose. Très paradoxalement, comme une forme de soulagement : j'avais passé la séance terriblement mal à l'aise (euphémisme) au point de me demander pourquoi je m'infligeais ça, pourquoi quelqu'un me proposait ça, à cela près que j'avais l'intuition de ne pas être en train de regarder n'importe quoi, ou pas seulement, que je sentais une "force" au film, que l'impact qu'il avait sur moi n'était pas réductible à la violence du fait divers exhumé ni à celle qui se déroulait sur l'écran, même si cette dernière y participait (mais pas n'importe comment, voire d'une manière qui me semblait souvent "juste").

Cela dit, j'étais à la fois groggy et entravé par un sentiment ponctuel de "non, mais là, il pousse, quand même" quant à l'histoire elle-même. Or c'était une "histoire vraie", ce qui ne dédouane pas nécessairement de tout, mais ça m'ôtait certaines craintes. Au final, mon questionnement (et plutôt inhabituel) quant à la possibilité de faire/voir un tel film s'était trouvé un peu apaisé, ou désamorcé, peut-être pas évacué, mais ce qui revenait s'imposer alors à moi c'était cette "force" du film (je n'ai vraiment pas le mot).

Bref : c'est une des histoires (de la petite Histoire) les plus atroces que j'ai vues au cinéma, je crois. J'ai l'impression aussi que c'est un des films les plus éprouvants, les plus durs, que j'ai vus. Evidemment, tout ça, c'est aussi personnel ; pas que, mais aussi : chacun a ses rapports à l'insoutenable. Cela dit, je n'étais pas le seul, plusieurs spectateurs avaient quitté la salle - beaucoup à un moment où "je n'en pouvais plus", m'interrogeant sur pourquoi je "tenais", ne pouvant que me répondre qu'il ne m'arrive de partir que quand je trouvais le film bien naze, faible ou trop étranger, mais là, non, même si je détournais ponctuellement les yeux. Je me disais qu'il était peut-être "dégueulasse", et ça peut me faire partir aussi parfois ou m'en donner l'envie, mais là, je ne pourrais pas le réduire à ça, c'était ma seule intuition tenace. Elle m'a tenu au point que je veuille revoir le film.

 
 
Snowtown - Justin Kurzel (02)


Je pourrais presque dire que j'avais même "envie" de le revoir : j'étais très impressionné par le travail avec les interprètes. Comme une claque, on dit comme ça : un peu comme l'équipe d'Une Séparation en avait été une, dans son genre (mais je reste prudent avec Snowtown d'une manière qui m'intéresse davantage). Peut-être que ce film me "dérange" (j'aimerais revenir sur la notion possible de "dérangeant", dont je doute) ; certainement, il me laisse intranquille. Bref, j'avais très envie de revoir les interprètes de la mère, de Jamie, ou encore du travesti, de tout le monde, et sans doute surtout du "tueur" chef de famille(s) - très grosse admiration pour le travail de Daniel Henshall, peut-être aussi car il est sur un territoire que je doute d'avoir déjà vu exploré ainsi.  

En vérité, je n'ai pas très envie de parler de Snowtown, ou c'est trop tôt. Mais, à tort ou à raison, cela me… dérange ?... de voir que personne n'en parle, parmi les blogs qui me font faire mon tour de web. Hier, je suis allé revoir le film, pas seul cette fois : avec mon copain de ciné ; je l'avais prévenu, j'étais presque gêné de l'inviter à voir quelque chose d'aussi "terrible", etc. Il n'évacue pas non plus. Ça ne veut pas dire grand-chose, nous n'allons pas au ciné ensemble par hasard, nous sommes assez synchrones, je suis juste content de ne plus me sentir seul face à ce film. Quelque chose comme ça. Et puis la revoyure m'a permis de moins "paniquer" aussi ; étonné même, par une forme de rigueur du film - même s'il va "très loin" -, et de ne pas le trouver dans une forme d'acharnement que mon état à la sortie de ma première séance aurait pu me conduire, dans le souvenir, à croire.

Certes, je me sens un peu partagé. J'ai par exemple l'impression que quelque chose se rate de plus en plus dans un type de scènes ponctuant le film qui usent du ralenti (bien que j'aime la première, sur une piste de danse). C'est peut-être même (très) dommageable : là, il y a (la tentation d') un soupçon. Mais le reste, le cœur du film, résiste. Je trouve. Il y a cette articulation redoutable entre l'horreur et la société. Il y a cette relation entre le jeune homme et le psychopathe. Il y a cette impression fréquente de maîtrise remarquable de scènes : apprendre ensuite que c'était le premier long de Justin Kurzel m'a séché. A vue de nez, cela a notamment à voir avec une maîtrise du temps, de la durée (conjuguée avec la qualité de l'interprétation). Et cela compte pour moi : j'ai souvent l'impression que trop de films sont loin du compte dans leur(s) rapport(s) au temps. Bref, c'est pas rien pour MOIJJE. Dans le cœur. Est-ce qu'il est pourri ce cœur ? Je ne sais pas. Pour l'instant, je ne crois pas. Je sais seulement que je suis content d'avoir (re)vu le film. D'une manière ou d'une autre, il fait partie de mon chemin de spectateur. C'est peut-être seulement personnel. Je n'écrirai peut-être pas dessus. Mais je vais le garder pas trop loin de moi. Je m'imagine revoir ce déjà vieux Henry Portrait of a serial Killer, découvrir Summer of Sam ? J'ai besoin de le faire dialoguer. Si quelqu'un a une idée sur ce que je pourrais (re)voir…



Snowtown - Justin Kurzel (03) 
 


PS : j'ai bien aimé lire ce billet sur le film (en anglais), surtout la fin.
 

PPS : sans doute anecdotique mais je n'aime pas le titre français, je n'aime pas qu'on ait rajouté Les Crimes de à Snowtown, c'est très mal vu, à mon avis. Et dans le même ordre idée, je n'arrive pas à trouver très malin d'avoir sorti ce film en plein milieu des fêtes, même si je veux bien croire que tout le monde ne sortait pas de Mary Poppins...

 

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31 décembre 2011 6 31 /12 /décembre /2011 23:01

 

With a good team,

have a nice ride,

a beautiful fight

 

 

 

Tony Leung Chiu Wai - Yut doi jung si (The-Grandmasters)

 

 

&

 

you can go on and on and on (*)

 

 

 

Last but not leastbut, like MOIJE,

 

you might also want to dance (even just for fun) :-)

 

 

 

 

 

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