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23 septembre 2007 7 23 /09 /septembre /2007 19:26

Fin de la saga (et) de l'été, avec ses spoilers, à la suite de …(IV) … ou No Girl Power


Cronenberg---Crash.jpg

Ce long article, sur un film que je trouve parti dans les décors, aura donc complété ma présentation (ou l'inverse). Il est sans doute plus rapide (qu'est-ce que ça serait sinon ?) de le faire en exprimant ce que l'on écarte, qu'en s'élançant dans ce qu'on reconnaît - ce que je reprendrai, ensuite, avec joie ! Cela me permet aussi de jouer avec des limites, conscient de ne pas être à l'abri d'un dérapage. Je tiens à préciser ça : je ne me sens pas confortablement assis derrière mon ordinateur pour le plaisir de dégommer un truc. J'ai peur, aussi. Ben, oui :-)

Donc : j'y vais sur ce que je veux aussi dire de limite sur Tarantino. De plus en plus de femmes dans ses films. Et là au générique d'entrée, on a " the girls ", donc : on nous met tout de suite du côté du tueur (cf III). De la misogynie (cf IV). Ce ne sont que des signes. Je trouve que : le dernier (premier ?) problème du cinéma de Tarantino, c'est qu'on est acculé à la passion de Tarantino, et sa passion… ça tournerait autour de l'homosexualité/homophobie.


American-Beauty.jpg

Et comme on est juste dans la passion de ça : pas intéressant du tout, bien pire. Je ne prétends pas connaître avec certitude les angoisses réelles de Tarantino, et je m'en fiche. Mais il y a un truc par là qui limite/biaise terriblement ce qu'il fait. Et d'ailleurs, on va aller exploser les bombassexuelles. Les autres (j'y reviens) auront droit à la vengeance. C'était quoi le grand moment censément grave traumatique dans Pulp Fiction ? J'arrête là.

Je trouve que : vu le système de cinéma que Tarantino lui-même établit, tant qu'il ne se confrontera pas directement et consciemment à ses angoisses, on restera dans la perversion. On regardera le monsieur faire, avec plus ou moins de savoir-faire, joujou avec son caca. 


Le-temps-retrouv--.jpg

S'il n'y avait pas un tel système de volonté de fusion avec le spectateur, cette question ne se poserait pas. Elle ne se pose souvent pas. Mais là, je ne vois pas comment on peut en sortir autrement. 

Ici, ce que je ressens, en descendant d'un cran : dans l'organisation du film, au fond, les filles de la seconde partie sont des hommes. Je me dépêche de préciser que les codes de virilités ou de féminités me touchent assez peu d'un point de vue strictement personnel, dans ma vraie vie. Je ne considère pas que faire des cascades, fumer la pipe ou boire trois litres de bière en ronronnant devant un match de foot sont des privilèges réservés aux hommes. Mais dans ce film, vu l'extrême polarisation des groupes, répétons, répétons : les filles de la première partie prennent en charge les femmes, et sur un mode hypersex. Ce sont les hommes, qui ne se font pas tuer. Ils accèdent même à la vengeance.

Peut-être même : la mise à mort de Mike/spectateur/Quentin par ces " hommes " est la résolution brusque de ce " désir " là, impossible à assumer ici… Quelque chose par là. Je suis désolé de faire de la psy de comptoir. Raison pour laquelle j'ai gardé ça pour la fin : pas parce que c'est le " meilleur ", mais parce que je ne m'y connais pas assez pour dépasser une imprécision et une incertitude certaines. Les précédents articles me semblent assez précis sur mon ressenti et ma perception de ce qui suffit à me détourner de ce film.


Th--or--me.jpg

Je reprends un instant avec l'entretien des Cahiers. Avant l'extrait précédemment cité (cf III), Tarantino dit : " C'est drôle… La façon dont les filles de la première partie parlent et se comportent, notamment dans le bar, l'ascendant manifeste qu'elles ont sur leurs petites copains - au point de les féminiser ". C'est vrai que c'est fin. Il faut voir la gueule du copain de celle qui fait le lap dance. Si j'avais le temps, je crois que je pourrais faire une dissert' là-dessus (sur cette citation et sur la gueule du mec).

Petit bijou : ça me défrise violent quand Quentin demande, dans l'entretien, " ça l'a fait pour vous ? ", à savoir la collision, et que les représentants des Cahiers se contentent de répondre " Absolutely ".

C'est intéressant que là ils impriment leur réponse en anglais, non ? Je précise que c'est avant qu'il expose ses meilleures intentions, avant donc " les filles attachantes ". 


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Je reviens donc sur le strict terrain de la misogynie.

Outre les questions de morale du regard (plutôt dans les trois premiers articles), je (me) pose aussi des problèmes de morale, tout court. J'en ai conscience. Mais est-ce que cela peut se résumer à " Tarantino, homme de plaisir / D&D, homme de devoir " ?… Beaucoup diront que cela n'a rien à voir avec l'expression artistique. Je ne sais pas.

Je trouve que : c'est complexe.

Parce qu'en même temps, une grande majorité dénoncerait un cinéma fasciste (Leni Riefenstahl ?) parce qu'il est fasciste ou d'esthétique fasciste. Donc, c'est complexe. Peut-être, en effet, il ne faut pas tout mélanger (expression artistique et éthique). Mais pourquoi on sauverait les misogynes et pas les fascistes ? Une véritable hauteur de vue demanderait de dépasser tout ça. Sinon : ça commence quand, l'horreur ?

Je précise aussi que je ne situe pas du tout la question éthique au niveau de l'histoire racontée. Est-ce que l'histoire d'un film est morale ou pas ? Je ne vois pas le problème. Et, je n'ai pas besoin de happy end...


Claire-Dolan.jpg

Je recommence.

En littérature, on trouve, par exemple, le cas Céline. En général, tout le monde fait la part des choses - comme si l'œuvre la permettait elle-même ? -, et on peut-être dégoûté par le mec mais pas par l'œuvre. Moindre des choses, en soi… Sinon, ce pourrait être souvent disette :-)

Je ne suis donc pas non plus en train de dire qu'il faut être un saint pour avoir le droit de s'exprimer. Sans quoi, il n'y aurait rien à lire ici ! Ni, qu'il y aurait une limite, chez l'être, à partir de laquelle il n'aurait plus le droit.

Ce que je me demande, c'est : peut-être que c'est le système de manipulation et la volonté de fusion chez Tarantino qui détruit cette possibilité. En tout cas, c'est ce qui m'interroge… 


L-arrangement.jpg

Par ailleurs, je ne vais quand même pas développer sur les liens profonds avec Kill Bill ou Pulp Fiction, mais la fascination première qu'a Tarantino pour la violence me pose aussi problème.

Je n'ai évidemment rien contre la violence au cinéma, en soi. Parce que je reconnais la violence, je reconnais la mienne aussi. Mais ça ne me fascine pas du tout. Encore une fois, j'essaie de faire au mieux avec, en l'assumant, comme un grand, mais je ne vais pas me complaire dedans et ensuite me sentir coupable.

Je trouve que : chez Tarantino, la fascination pour la violence est première, fondatrice et surtout aliénée/aliénante…


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Pour finir, Tarantino m'apparaît donc surtout comme un passionné avec un certain talent visuel, épaissi par son passé de cinévore. On n'est pas dans la platitude pure des images. Mais si je n'ai pas un grave problème perso avec lui, pour l'instant on est avant tout du côté de l'esbroufe énergique et passionnée (répétons, répétons), avec des trouvailles, ça bosse pas mal dur.

Bref : un grand divertissement, et à peine plus que ça. Mais : du divertissement du vingt et unième siècle, très sophistiqué, qui a déjà beaucoup vu mais qui a su conserver du désir.

Au mieux, je peux considérer que Tarantino est un lapin facétieux (cf paragraphe sur l'adolescence dans Scream II). Dans les pires moments : un truc dégueulasse, il y a sûrement bien pire, mais bon.

Je dis peut-être n'importe quoi.

Alors quoi ?


Le-mariage-de-Maria-Braun-.jpg

Si je ne dis pas n'importe quoi, je n'ai plus envie de ça à cause des pires moments. Je préfère de loin, dans ce cas là, pour me divertir, je ne sais pas, je crois bien que je préfère Rush Hour 2,  voire même Ocean's Eleven

Donc, je rêve d'un consensus moins fort chez les principaux critiques qui nous vendent à chaque fois le nouveau Tarantino comme si c'était du très grand cinéma. Que Bonitzer, avec son article sur Pulp Fiction, ait décomplexé tout un tas de gens, tant mieux pour eux : est-ce qu'ils se sentaient coupable de quelque chose ? Je me souviens que son article ne m'avait pas du tout impressionné. D'ailleurs je m'en rappelle fort peu. OK. Je vais le relire. 


Le-couvent.jpg

Surtout, je vais tenter de revoir en urgence, donc pas au hasard : Minuit dans le jardin du bien et du mal, Le couvent, Mulholland Drive, Inland Empire, Twin Peaks, Solaris, Le miroir, M. Butterfly et Crash. Allez savoir pourquoi…



PS : n'arrivant pas encore à me convaincre moi-même que mes élucubrations, même longuement martelées, sont paroles divines, voici un article d'un critique qui a aimé Deathproof, avec une réflexion sur le " marché de la viande " pertinente en soi de toutes façons. Et s'il y a quelques acharnés (dans un sens, dans l'autre, ou ailleurs), je conseille le parcours de cet interminable post - mon article à côté, une miniature - dans le forum des Cahiers du Cinéma. Rien qui m'interpelle vraiment sur le film mais beaucoup d'idées très intéressantes en elles-mêmes, et quand même une femme qui fait aussi remarquer que les filles de la seconde partie sont des mecs ! Bref, comme d'hab, quoi : c'est toi qui vois… Et si tu aimes ce film… sans doute tant mieux pour toi ! :-)



Partie écrite le 9 juillet, arrêté le 23 septembre.

Voilààààà… c'est fini.


Les-roseaux-sauvages.jpg 

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21 septembre 2007 5 21 /09 /septembre /2007 21:51

Cet article est la suite de … (III)… ou Grande Illusion, avec toujours les mêmes spoilers...


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Relançons le moteur : film/interview, collision/coeur du truc, vouloir la mort des filles.

Inquiétude : ce n'est pas seulement la montée de la musique et consort qui sont élaborés en vue de la collision, mais tout ce qui précède, depuis la première scène : il s'agit de créer des " filles attachantes "… pour les exploser !

Autrement dit : y a comme un défaut, Fernand. Mais voyons à quel point…

Là, on peut commencer à parler de la deuxième moitié du film : second groupe de filles et nouvelle confrontation avec le tueur. Sauf que : les filles ici ne se situent plus au même endroit que celles de la première moitié… C'est alors que les problèmes recommencent...

Alors, forcément, moi aussi !


La-c--r--monie.jpg

Un aspect du problème réside dans la manière dont Tarantino me fout dans sa séance de psy alors que j'ai rien demandé (cf II), le tout en voulant s'assurer à un certain moment (la collision) mon identification au tueur (cf III)... mais si je veux continuer à détailler le processus - alors que ça me gonfle aussi, parce qu'on n'est pas chez Eastwood ou Tarkovski -, je suis bien obligé d'approfondir ce que j'ai l'impression qu'on me colle sous le nez.

Dans la première partie du film, on me colle sous le nez des filles qu'on veut super chaudes. Pas dans la seconde. Je trouve que : au contraire, dans la seconde. Même s'il y a un miroir entre les deux parties sur le " girl talk " avec l'air bien connu : les filles entre elles, faut voir comment elles parlent, elles sont beaucoup plus crues que les mecs en fait. OK. Pourquoi pas. C'est peut-être encore nouveau de le montrer… 


Kika.jpg

Donc elles parlent cul les filles. Mais celles de la deuxième partie sont globalement plus sapées " codes masculins " que shorts moulants dans la première. Et la Pom Pom Girl reste le tout gentil fantasme. On trouve même une nana qui nous explique qu'elle ne va pas, mais pas du tout aller coucher comme ça avec le mec qu'elle veut vraiment. Rien à voir avec les filles de la première partie. Rien à voir avec le lap dance (" danse du ventre " dans les sous-titres, on se demande s'il faut rire - mais là, c'est pas la faute à Quentin, je sais bien).

Autrement dit : dans ce film, vu l'extrême polarisation des groupes, les filles de la première partie prennent en charge les femmes sur un mode hypersex. Les secondes, mêlant un maximum de codes historiquement masculins et la version étherée des codes historiquement féminins, se situent radicalement ailleurs... Et donc miracle : elles ne se font pas tuer. Elles accèdent même à la vengeance.

L-anguille.jpg

Bilan je ne vois pas comment contestable : ce sont bien les filles de la première partie que Tarantino [qui se prend pour le spectateur qui se prend pour Mike donc] veut exploser pour de bon. Period.

Perso, ça m'amuse moyen. Et ça n'est franchement pas nouveau, pour le coup.

Perso, j'en crève à quel point c'est pas nouveau. 


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Ces filles, les hypersex, le font jouir s'il les décapite à l'image. D'accord, c'est mieux que Mike finalement, lui, il veut toutes les exploser comme ça : même les autres il aurait bien voulu, mais là, elles seront sauvées parce qu'elles ont moins leur " chatte sur le nez " (Valclair *, si tu nous regardes :-) ). Donc, je pourrais tout aussi bien vomir. Mais ce n'est pas tout…

Soit dit en passant, je n'irai certainement pas revoir le film pour retrouver à quelle(s) autre(s) occasions, Quentin nous fout littéralement à la place de Mike, dans la volonté de le substituer à notre désir…

Je recommence...


Opening-Night.jpg

Quentin a envie d'exploser ces filles là, en particulier. Pas moi. Un des premiers moteurs de son désir, c'est leur hyper-sexualité. Même seulement apparente. On a tout à fait le droit de proposer un truc là-dessus évidemment. Même si les mecs qui ont peur des femmes et surtout du désir féminin, on a comme quitté le besoin d'inédit… Si je ne me trompe pas de planète, nos organisations sociales et nos religions sont essentiellement et historiquement fondées là-dessus, la répression du désir féminin et de son expression, non ?

Résumons quelques siècles de magma judéo-chrétien, de systèmes de classes, avec lois des jungles et des plus forts (mais pas en n'importe quoi) : tu vas payer, salope impure !

Variante : ma protection peut te permettre d'accéder au statut de putain respectable.

Ici donc, on part de : " tu vas payer, salope ! ".  Alors, en 2007, ce serait mieux de se rendre bien compte qu'on est en train de le faire pour savoir comment en sortir.

Otherwise : dead end. 


Breaking-The-Waves.jpg

A un moment, dans la catharsis, on en sort. Et on n'en sort pas par la vengeance. La vengeance, c'est un autre truc de catharsis en soi. D'autant que Tarantino reconnaît monter un piège pour m'acculer à son désir. Mais si tu crois choisir pour moi, soit tu tombes bien si je suis barré pareil, soit tu tombes très mal, parce que je ne marche pas et en plus je vois le système dégueulasse…
D'ailleurs moi, comme on sait maintenant, par exemple : Sharon Stone dans Basic Instinct, elle ne me fait pas peur. Je bande même joyeusement, librement, tellement elle transcende les pièges qui voudraient l'acculer à être une victime ou un stigmate. Je bande respectueusement, si, si, c'est possible : je ne vais pas lui en vouloir à mort en l'absence de réciproque. Même, je comprends. :-)

Aussi, dans Deathproof, contrairement à ce qui a souvent été vite dit. Pas de véritable Girl Power

Ici, les salopes ont payé. Une fois de plus.  


Dangerous-Game--Snake-Eyes-.jpg

(à suivre...)

& The End (Yeahhhhhhhhh !) au prochain épisode.

Partie écrite le 9 juillet, arrêtée le 21 septembre.

 

* Je précise que je suis en train de découvrir le blog de Valclair avec beaucoup de respect, et qu'il ne fait aucunement la peau aux femmes ! Le billet - Croquis : la femme aux deux amants - dont je reprends une citation (injuste de ma part, ne suis-je pas taquin ?) est lui-même un pur cadeau. 


Batman-Returns.jpg

 

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8 septembre 2007 6 08 /09 /septembre /2007 00:58

Cet article est la suite de ...(II)… ou No Attame, le tout bien sûr truffé de spoilers.




Deathproof (Boulevard de la mort…) donc : il est permis de m’appeler Gratounette…

Et je n’en reviens pas que ce qui m’a écorché pendant le film soit écrit noir sur blanc dans un entretien donné aux Cahiers du cinéma (Juin 2007, le numéro avec un très bel article dont j’ai déjà parlé sur Zodiac).

C’est vrai : il y a plein de trucs hyper divertissants et agréables voire excitants dans le film, et c’est drôle, et on ne peut que remarquer un certain boulot visuellement, et tout, et… dès la première partie : ça ne va pas comment on leur fait la peau aux filles.

Pas dans ce type de processus-là. Je trouve.


Femme-Fatale.jpg

Tarantino le dit mieux que je ne saurais le faire, alors je le cite directement : « J’ai réfléchi à cette scène [la collision fatale] pendant tellement longtemps… Ce qui précède la collision est encore plus important. La musique, la juxtaposition des plans dans la voiture des filles et de ceux dans celle de Mike, la montée en puissance, l’attente… Et bam !!! […]

Dans cette scène, je pense constamment au public. J’aime jouer avec lui, l’emmener dans des endroits inédits. Quand je fais l’amour à une femme, je suis attentif au moindre des bruits qu’elle fait, afin de l’emmener là où je veux, jusqu’à la jouissance. Pareil avec le public. Ce que j’essaie de vous suggérer avec cette métaphore sexuelle, c’est que, pendant que la musique monte et que vous entrez dans le rythme, vous êtes Stuntman Mike : vous voulez que la collision arrive.

Les Cahiers -  Pas sûr. Les filles sont très attachantes.


Millenium-Mambo.jpg

Tarantino -  Je pense que si. Here’s my point : you want the sensation. Laissez-moi vous dire exactement ce que je pense : si au dernier moment, après tout cet énorme travail de mise en condition, la conductrice aperçoit la voiture qui fonce vers elle et fait un écart pour éviter la collision, vous vous sentirez floués. Ce qui prouve que vous désirez la collision. Non seulement vous la désirez, mais en outre ce désir fait de vous Stuntman Mike. Vous êtes comme lui, vous désirez le choc. Et voilà qu’il arrive. Mais d’une manière encore plus horrible que ce que vous imaginiez. Ce n’est pas vraiment ça que vous désiriez [Tarantino frappe son poing dans sa main]. Plutôt ceci [un coup moins fort]. Or pour avoir ceci, il faut avoir ça. Mais c’est trop tard ! Vous êtes complice !

Les Cahiers -  C’est cruel, de se débarrasser des quatres filles d’un coup.

Tarantino -  Quand on arrive à de telles extrêmités de violence, au cinéma, ça doit faire mal. Me faire mal, vous faire mal. Un mal qu’on ne fait qu’à ceux qu’on aime."


Trouble-Every-Day.jpg

Cette possibilité de lecture libre passée… permettez à Gratounette de se déchaîner ! Quitte à verser parfois dans le (très) mauvais esprit, mais : pas que, et pas gratuitement, j’espère…

Tarantino : « J’ai réfléchi à cette scène pendant tellement longtemps…»

Capital : nous sommes au cœur du truc. Et au cœur du film.

« Ce qui précède la collision est encore plus important. La musique, la juxtaposition des plans dans la voiture des filles et de ceux dans celle de Mike, la montée en puissance, l’attente… Et bam !!! »

Qu’on pense bien à la passion et à l’énergie, si particulières, avec lesquelles Tarantino s’exprime toujours.

« Dans cette scène, je pense constamment au public.»

Voyons de quelle manière, à quelle fin, selon quels présupposés…


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« J’aime jouer avec lui, l’emmener dans des endroits inédits. »

Marque de fabrique de Tarantino, ouvertement guidé par le « pas encore fait ». Ce qui ne correspond la plupart du temps qu’à un déplacement assez simpliste : alors là, ce serait une belle femme blanche qui va nous maîtriser les arts martiaux et nous faire le « cent contre un ». Ça n’a pas encore été fait dans la Hollywood Machine ? C’est bon ? Ok, on y va ! Chemin le plus court : filer aux femmes les rôles qui n’étaient jusqu’alors dévolus qu’aux mecs. Ce pourrait être réjouissant, et que justice, évidemment… Mais est-ce qu’il est vraiment beau et neuf ce regard porté sur ces femmes ? Ou passablement tordu et réactionnaire ? J’y reviendrai.

«Quand je fais l’amour à une femme, je suis attentif au moindre des bruits qu’elle fait, afin de l’emmener là où je veux, jusqu’à la jouissance. »
 
Alors est-ce que ça te dirait de l’emmener là où elle veut ? Est-ce que ce sera la même jouissance ? Pour elle et pour toi ?

« Pareil avec le public. Ce que j’essaie de vous suggérer avec cette métaphore sexuelle, c’est que, pendant que la musique monte et que vous entrez dans le rythme, vous êtes Stuntman Mike : vous voulez que la collision arrive. »

Personnellement : non. Pas si simple, et en l’occurrence : non.
 
Les Cahiers : « Pas sûr. Les filles sont très attachantes »

Consternation totale. Ça veut dire quoi « les filles sont très attachantes » ? Et si elles l’étaient moins, est-ce que là, sûr, pour de bon, on voudrait leur mort ?!?


Sonatine-.jpg

Tarantino : « Je pense que si. Here’s my point : you want the sensation.»

Décidément non. Parfois oui (catharsis), là précisément non. J’y reviens.

« Laissez-moi vous dire exactement ce que je pense : si au dernier moment, après tout cet énorme travail de mise en condition, la conductrice aperçoit la voiture qui fonce vers elle et fait un écart pour éviter la collision, vous vous sentirez floués. »

Pas sûr.  Evidemment, on a compris où il veut en venir, mais précisément, ici et maintenant : pourquoi cette démission de l’envie de nous « emmener dans des endroits inédits » ? Je trouve que : ici, l’inédit devient grand, et pas seulement marketing. D’autres l’ont fait et le feront.

« Ce qui prouve que vous désirez la collision.»
 
La seule chose prouvée : mise en place d’un système pour que le spectateur qui entre dedans désire cette collision. Ce qui ne veut pas dire, par ailleurs, que tel était son désir premier. En revanche, cela nous renvoie, de manière limpide, au désir premier du spectateur Tarantino…

« Non seulement vous la désirez, mais en outre ce désir fait de vous Stuntman Mike. Vous êtes comme lui, vous désirez le choc. »

C’est ce qu’il veut que je ressente et ça me fout un goût dégueulasse dans la bouche. Parce qu’il se trouve que ça ne correspond pas du tout à mon désir mais au sien (cf épisode II).


Les-damn--s.jpg

«Et voilà qu’il arrive. Mais d’une manière encore plus horrible que ce que vous imaginiez. Ce n’est pas vraiment ça que vous désiriez [Tarantino frappe son poing dans sa main]. Plutôt ceci [un coup moins fort]. Or pour avoir ceci, il faut avoir ça.»

Je trouve que : mise en place d’un parfait système de culpabilisation. Le fin du fin de la perversion. Le négatif d’une approche cathartique : j’ai vraiment envie de faire une saloperie, je vais faire cette saloperie, je la fais, et - last but not least - je suis super coupable d’avoir fait ça. Avec deuxième couche offerte : moi, réalisateur, je te fais remarquer que tu es super coupable d’avoir fait ça, de l’avoir voulu, comme moi.

« Mais c’est trop tard ! Vous êtes complice ! »

Il manque à peine un « youpi ! »

Les Cahiers : « C’est cruel, de se débarrasser des quatre filles d’un coup. »

On n’est peut-être pas loin de ce qu’il y aurait à dire mais : victoire de la platitude…

Tarantino : « Quand on arrive à de telles extrémités de violence, au cinéma, ça doit faire mal. Me faire mal, vous faire mal. Un mal qu’on ne fait qu’à ceux qu’on aime.[…] »

Fin du système pervers sado-masochiste et culpabilisateur à outrance, autosatisfait dans son terrorisme de l’émotion consciemment élaboré. Et là, j’ai vraiment envie d’en sortir…


Rosetta.jpg

Reste à évoquer un dernier terrain particulièrement glissant dans la rubrique "ça ne va pas comment on leur fait la peau aux filles"… et dans cet objet de l’obscur désir…

(à suivre donc…)

Euh… Encore un ou deux épisode(s) et la saga sera finie, promis, puisque l’été aussi !

Partie écrite le 9 juillet, arrêtée le 8 septembre. 



PS : toutes mes excuses quant à ma présence qui semble devenue aléatoire. Mes problèmes informatiques/internet ne sont pas encore résolus... Bah ! Tant qu’on peut encore danser...    


Haut--bas--fragile.jpg

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24 août 2007 5 24 /08 /août /2007 23:08

Cet article est avant tout (comme celui en cours sur Deathproof) une manière de me présenter. 

Au plan cinéma. 

Il n'y a pas de présentation dans ce blog. C'est par ici que ça se passe : dire, où j'en suis aujourd'hui dans mon rapport avec le cinéma. Parce qu'à partir de là, il n'y a pas de pièges. On sait d'où je parle, et comment se situer par rapport à mes élucubrations…
 
Ce n'est donc surtout pas une leçon. Simple instantané de mes propres urgences : je ne peux quand même pas mettre " je trouve que : " à toutes les phrases : ) ! C'est parfois une réponse (à certains commentaires, ou à des clins d'oeil - sourire)… 

Aïe aïe aïe, je dois commencer par me citer pour démarrer. N'y voyez aucune admiration perverse pour mon propre reflet !



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"Je schématise mon système d'intolérance : d'un côté " l'intello ", de l'autre le passionné. Et entre les deux : la vie ou l'art. […] L'art ou la vie, donc : ni d'un côté, ni de l'autre."

Les raccourcis sont dangereux. L'intolérance commence par là : celle qu'on subit, que l'on véhicule malgré soi, qui heurte. Différente du " système d'intolérance " : les chemins que l'on choisit de prendre, puisque viennent sans cesse les carrefours où l'on doit choisir quel passage emprunter… Bref, chacun se trimballe son stocks perso de possibles et d'impossibles, ou pas encore/ou plus possibles, à l'instant T. Et j'espère que : vivre, c'est ouvrir de plus en plus. Pas question, alors, de considérer que quelqu'un de " très passionné " ou de " très intello " n'a pas sa place dans l'art. Chacun prend sa place selon sa nécessité. En revanche, à mes yeux, ces états-là ne nous situent pas au plus près de la vie, ou au plus juste de l'art. Je hiérarchise donc. Et tout ça est peut-être un peu western neu-neu bouddhiste...



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Peut-on avoir le même plaisir devant un produit de divertissement que devant une œuvre ? Je trouve que : oui et non. Cela dépend d'où l'on parle.

Un film procure du (dé/)plaisir. C'est avant tout le registre de l'émotion, et parfois aussi, par exemple, le plaisir de la jolie image… Un film joue aussi avec la nouveauté. A un degré plus ou moins essentiel. Depuis " ça raconte une histoire qui m'étonne " (parce que ça n'a jamais été fait ou parce que j'ignore que ça l'a déjà été), jusqu'à " ça renouvelle en profondeur (ou ça ouvre davantage) le champ des possibles d'un art ". Enfin, pour faire très court, un film a à voir avec la beauté, la question de l'esthétique (vécue par l'œuvre, volontairement ignorée - et c'est son droit ou/et sa nature - par le divertissement).

Tout cela peut être étanche ou faire réaction en chaîne. Car la nouveauté ou la beauté génèrent aussi du plaisir. D'où mon " oui et non ". Un pur produit de divertissement peut m'apporter, immédiatement, autant de plaisir, qu'une œuvre. Mais si l'œuvre est belle, le plaisir même est sans rapport. Et puis il y a la durée. Le divertissement se consomme, peut se reconsommer. La beauté dure. Elle échange avec la vie. Même si je n'en suis pas encore forcément très loin, sur mon propre chemin : je porte aussi certaines œuvres qui m'ont fait bouger, littéralement me déplacer, et m'ouvrir. Comme certaines rencontres.



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Alors par exemple, je peux dire j'aime ou j'ai du plaisir à voir : Mulholland Drive, Le jour d'après, Impitoyable, 30 ans sinon rien, Millenium Mambo ou Rush Hour 2… Pour moi, là, il y a le risque d'une double confusion. Encore plus, si je dis j'aime...

Quand je dis ça : je n'ai rien dit… concernant le cinéma, et l'importance que ça a pour moi. Bien sûr j'ai dit quelque chose : j'ai dit mes goûts et mes couleurs. Mais, au fond, quand quelqu'un me dit, seulement, ses goûts et ses couleurs… Bien sûr, ça va m'intéresser humainement. Mais si l'enjeu, c'est de parler de cinéma, alors je ne vois pas le rapport. Quels films mon meilleur ami aime et n'aime pas ? A la limite, ça m'intéresse pour savoir ce que je peux lui offrir à Noël ! Evidemment, parfois, nous sommes contents d'être excités. On peut se répéter fiévreusement tout ce qui nous a plu dans un film. Mais au fond, tout ça ne génèrera jamais du dialogue. Qu'on ait les mêmes goûts ou pas. Si j'ai pris mon pied en regardant Rush Hour 2, que ça laisse mon ami de marbre, et que La septième compagnie le fait marrer, alors que moi, je n'arrive pas à déconsterner… Bon…

Et en même temps :

Il y a l'amitié, alors je suis content qu'il ait passé un bon moment avec son truc, et lui pour moi avec le mien. Et puis on est curieux des goûts de l'autre par amour, bien sûr, et parfois, par amour, on peut aller jusqu'à ressentir le goût de autres. Je crois. Et j'adore ça. Alors, ça peut donner un dialogue à long terme, mais sur le vivant, pas sur le cinéma. C'est le rapport à autrui.

Sinon : j'aime tel film, tel film, tel film et je n'aime pas tel film, c'est comme j'aime la glace au chocolat, mais pas les épinards, je préfère jouer au Hand qu'au Volley et je trouve plus sympa d'aller à la plage l'été qu'à la montagne. On ne va pas débattre là-dessus. Même si les goûts peuvent évoluer aussi, c'est entendu. Mais je crois pouvoir dire que demain à la même heure je n'aimerais pas les épinards, même si on fait sur le champ un super débat sur les épinards !



Smoking-No-Smoking.jpg


Après, il y a les blogs et/ou les critiques de cinéma, par exemple… De nombreux blogs exposent leurs goûts et leurs couleurs, y compris ou pas les films ou seulement sur les films. D'autres tentent de parler de cinématographe, de ce que l'on peut débattre, même si le but n'est pas de débattre à tout prix, mais ce que l'on propose peut être discuté.

Ce qui m'attire aussi, dans les articles, c'est cette dimension particulière où d'heureuses retrouvailles sont permises entre les deux approches. Que l'on détaille ses goûts ou ses points de vue critiques, quand on parle de ce que l'on aime, les textes sont souvent travaillés par l'envie de donner l'envie (du film ou de cinéma). Et ce " truc-là " n'a que peu à voir avec le film, finalement, mais quand il arrive - quand on le veut ou quand ça traverse presque malgré soi -, je trouve ça beau : l'envie de donner l'envie. Ah que coucou…   

Ambivalence :

Evidemment, je vais voir pas mal de blogs. Surtout là où ça parle de films. J'ai du plaisir à aller les voir. La grande majorité, c'est : les goûts, les couleurs. Les goûts, les couleurs : ce n'est pas du débat, c'est de l'information. L'information, ça m'intéresse aussi (même sans le " truc-là "). L'information sur la perception des films, divertissement ou pas, ça m'intéresse. Mais ce n'est pas ce que je cherche à faire ici. Je le fais un peu, aussi. Simplement, ce n'est pas mon urgence. Aussi pour ça que je tartine. D'autant que, c'est le début de ce blog. Et donc, évidemment, pour moi, c'est la guerre, parfois…

Mais j'essaie la guerre joyeuse !



Kagemusha.jpg


Un des problèmes de la " critique de cinéma ", c'est qu'on utilise les mêmes mots sans mettre du tout la même chose derrière. Le plus grand nombre de critiques de cinéma, y compris chez les pros, c'est : les goûts et les couleurs. Que ce soit clairement (genre, on n'est pas là pour se prendre la tête : ben non, moi non plus, mais passons), ou de manière plus perverse : tout le monde peut avoir la tentation de justifier ses goûts pour les rendre universel. Certains en ont fait leur métier. D'autres font vraiment le métier de critique. Vraiment. Mais peu quand même.

Aussi parce qu'on ne donne pas les moyens de ça. Parce que forcément ça va être plus long de parler d'une œuvre que de dire si tel divertissement m'a plu. Ce n'est pas consommable. Et parce que le divertissement va toucher plus de monde, parce qu'on en est là, que ça va plutôt mal pour pas mal de gens, et qu'il peut-être plus facile de se divertir que de s'ouvrir : donc plus de gens vont lire des papiers sur le divertissements, donc on vendra plus de papier - même les Cahiers du cinéma, par exemple, se sont progressivement affaiblis, et je ne dis pas ça parce qu'ils défendent Tarantino -, plus de gens vont lire les papiers goûts et couleurs, donc, avec le petit plaisir de voir ses goûts en partage. Ce qui n'est pas le partage. Mais la proximité.

Après, on peut aller jusqu'à penser, ou pas du tout, que c'est particulièrement utile de ne soutenir que l'exposition des goûts et des couleurs, parce que c'est l'immobilisme total : et les pouvoirs (confisqués ou non, réels ou non, nécessaires ou pas du tout) restent entassés dans les mêmes mains. 



Le-dictateur.jpg


Et peut-être, aussi, le problème de l'approche critique quand elle sort des goûts et des couleurs, c'est qu'elle traite souvent le divertissement avec mépris. Et là ça braque pas mal de monde. Il vaudrait mieux ne pas en parler du tout. Ou re-préciser les choses à chaque fois.

Pourtant, le " vrai " critique : ) ne se pose pas la question des goûts et couleurs. Pas dans ses articles. Il n'est pas payé pour ça. Ça, tout le monde peut le faire. Donc souvent, il envoie valdinguer. Parce qu'il n'est pas là pour parler de ça…

Du coup, c'est compliqué. Il y a d'autres trucs compliqués, mais bon, je suis déjà assez long. Ce n'est qu'un exemple. Après, il y a divorce à tous les étages et les accusations de fascisme commencent à fuser.



The-Village-copie-1.jpg


A mes yeux, le divertissement n'est pas futile et dérisoire. Il est ailleurs. Je l'aime aussi, différemment.

Je trouve que : quand la salle de cinéma projette une œuvre, c'est PUISSANT.

Et donc : j'en crève, si on veut faire passer la tolérance par le fait de tout foutre au même niveau. J'en crève parce que c'est le grand bordel, on peut dire tout et n'importe quoi, et on peut zapper à mort.

C'est pourquoi aimer le cinéma est une joie, et c'est une souffrance.

Parce que tout le monde en parle. Alors c'est une joie, parce que le possible du cinéma c'est aussi d'être un art assez accessible (historiquement, économiquement, géographiquement,…). Alors c'est une souffrance, parce que le revers de l'accessibilité, c'est que l'on peut passer du simple au facile, de la découverte à la consommation, du mouvement à l'immobilisme.



Moloch-copie-1.jpg


Je trouve, encore, que : la possibilité du fascisme, ce n'est pas la tentation de hiérarchiser. Mais précisément le contraire… Bien sûr, c'est aussi de penser que ses propres opinions sont des lois (ce qui peut-être aussi recommander absolument et seulement ses goûts et couleurs quel que soit l'autre en face)… Quand tout est mis au même niveau, il n'y a plus ni débat, ni chemin. Je ne sais pas où j'en suis moi, dans mon rapport avec le cinéma, mais je sais que des gens vont plus loin que moi. Au moins, à ce jour. Je n'ai qu'à lire le journal de Tarkovski pour m'en rappeler. Je ne veux surtout pas qu'on me prive de la possibilité d'aller plus loin.

Parce que sinon, je vais mourir. C'est sûr…

Je suis plus dans la vie aujourd'hui que quand j'avais vingt ans (paradoxalement, d'accord, vu la longueur de mes trucs ici). Et sans vouloir refaire bouddhiste de base à l'occidentale, cela a autant à voir avec désapprendre qu'avec découvrir. Mais si on m'avait (et si je m'étais) laissé penser à vingt ans que tout était au même niveau, et que j'allais aussi loin que n'importe qui d'autre, dans n'importe quel domaine… Je serais sans doute un joli petit zombie… Et les jolis petits zombies, ce n'est pas pour eux, le plus dur à vivre (ça fait mal nulle part), c'est pour l'entourage. Parce que le petit zombie doit bouffer le vivant, pour rester debout, et tout à coup c'est le fascisme. Alors que ça aurait pu si joli, la vie…



Les-parapluies-de-Cherbourg.jpg


Mais on peut discuter aussi de ce qui sort du divertissement ou pas. Il peut y avoir des évidences comme des débats. Basic Instinct ne se résume pas pour moi à un produit de divertissement. C'est peut-être de la perversion puisque ce film m'éclate plutôt. J'espère qu'il est clair maintenant que je suis amoureux de Sharon Stone… Je confirme cette information.

Mais aussi : je n'ai pas de plaisir, globalement, avec les films de Philippe Garrel. C'est comme ça. Emotionnellement par exemple, je dois être aux antipodes de ce monsieur. Mais je trouve souvent ça beau. Et je suis vraiment content que ça existe.

Mais encore : la première fois que j'ai vu Eyes Wide Shut, je suis resté de marbre, voire ça pouvait m'énerver. Aucun plaisir (à part Kidman, oui je suis amoureux aussi, je ne suis pas exclusif). J'ai lu, parlé, écouté, et puis surtout, laisser du temps passer, et aussi tout simplement mon humeur changer (celle qu'on a quand on rentre dans la salle, et qui parfois ne part pas au générique - par exemple quand on entend une musique rendue inaudible par une pub)… Quelle fête, cette deuxième vision !

Le plaisir du divertissement, ou celui du goût et de la couleur (car on peut bien ne regarder une œuvre que sous cet angle là, parfois par fatigue), connaît ses sommets dans l'excitation par exemple (c'est agréable d'être excité), et dans la reconnaissance du même (voilà quelque chose qui me parle directement, à moi et mes stocks, et je m'identifie… à mort) ou la surprise pure.

Je ne dis pas tout le monde. Mais moi, ces plaisirs là ne sont jamais aussi forts que la reddition de toutes armes face à la beauté (comme face à la nature), et ces plaisirs là s'en trouvent alors aussi renforcés. Et plus fort aujourd'hui qu'hier, et bien moins que demain, si je ne (me) laisse pas tomber. Si je ne me complais pas dans mon aujourd'hui. Ou pire. Dans mon hier.



Confessions-of-a-Dangerous-Mind.jpg


Je crois qu'en psy(chologie ? chanalyse? chiatrie ? je n'y connais rien), on va distinguer l'affect, l'émotion, le sentiment et la pensée. Ce qui en faisant très court, et tel que ça me parle, donne un éventail du plus instinctif et premier au plus social et construit. Et il y aurait autre chose mais je ne sais pas quel serait le mot : cela correspondrait à la " transcendance ", ou " l'âme  " ; aspect " spirituel " pas nécessairement lié à la foi religieuse.

Bref, voilà déjà cinq catégories qui traversent les élans du vivant, et donc de l'art. Et sans doute, les deux pôles (affect et "esprit", je ne sais vraiment pas comment dire) sont-ils les plus rarement pleinement touchés. Mais par exemple, je dirais Lynch et Tarkovski, c'est incroyable, sur toute la gamme.

Je ne vais pas au cinéma avec ma tête, mais tout entier, avec ces cinq trucs que je crois identifier. Après, la possibilité du dialogue sur une oeuvre, c'est peut-être plus avec ma tête que j'en parle. Mais après, ce que j'ai reçu. Et je cherche à transmettre ce qui s'est passé. Et peut-être cette transmission- là, ici, je la tente trop avec ma tête… C'est possiblement froid, maladroit, encombré. J'en suis là. Mais je ne détourne pas ce que j'ai ressenti.

J'ai, directement donc, eu un problème avec le film de Tarantino en le voyant. Après, il se trouve que je lis des propos de lui, très pensés de sa part aussi, noir sur blanc, que je reçois de la même manière, alors j'ai envie de poser le truc. Mon intention reste de clôturer mon article sur ce film par un lien vers une critique le défendant, continuant à croire que je suis du côté du débat. J'en ai peut-être trouvé un, mais si vous avez des suggestions, n'hésitez pas.

Parce que, cette fois, c'est sûr, ça va recommencer…



Goodbye-Dragon-Inn.jpg



tandis que dans ma vraie vie
nous allons simplement
refaire l'amour avant

 

 

 

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18 août 2007 6 18 /08 /août /2007 17:39

Cet article est la suite de … (I)… ou mon système d'intolérance.



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J'ai adoré Reservoir Dogs. J'avais dans les vingt ans… Je trouve que j'ai grandi un peu depuis, cinématographiquement parlant, et pas seulement. Et pas seulement vieilli.

Donc j'ai vu beaucoup de films depuis : ils m'ont emmené plus loin, et simplement donné envie de vivre, et plus vrai, et plus ouvert, et plus beau, et plus juste... Et je trouve que ce qu'on nous bombarde avec les films de Tarantino, c'est trop court, parce que là, pour moi, ça dérape.

Deathproof (Boulevard de la mort…) : des moments vraiment excitants, et d'autres, ou les mêmes, brillants visuellement, bien sûr. Pas que, mais bien sûr. Evidemment Tarantino a un brio visuel beaucoup plus complexe que ceux qui viennent souvent, par exemple, du clip ou de la pub. C'est quand même tout de suite moins toc, moins esbroufe pure, on a envie d'y croire. Parce que ce qui passe tout de suite, bien sûr, c'est le plaisir qu'il a lui, Tarantino, de faire ces images-là, et le plaisir qu'il a de voir des films. D'une certaine manière. Celle d'un passionné. D'ailleurs…



Vertigo.jpg


… je vais donner ma définition du mot passionné qu'il semble souvent obligatoire d'employer dès que l'on parle d'art. Il faudrait être passionné. Chacun met derrière le mot ce qu'il veut. Je dis donc ce que je mets derrière quand j'emploie le mot passionné. Passionné : passion. Passion : souffrance. Mouvement violent. Emotion puissante qui domine la raison et qui oriente toute la conduite. Je schématise mon système d'intolérance : d'un côté " l'intello ", de l'autre le passionné. Et entre les deux : la vie ou l'art.

Tout le monde parle de cinéma. Et certainement tant mieux. Mais je trouve que : il est important de savoir d'où chacun parle. Il est vain de recommander un film en soi, tous azimuts, comme si on était tous montés pareil (si on n'est pas dans une approche " critique ", mais seulement sur le fait des goûts et des couleurs). Alors, quand l'interlocuteur peut devenir multiple, ou fluctuant, comme sur un blog, je trouve que : c'est primordial de dire d'où je parle. Après, chacun peut, réellement, répondre. Ce long article cherche aussi ça. C'est peut-être plus simple - allons savoir pourquoi ? - de tenter d'exposer ses choix, ses questionnements, en précisant ce que l'on n'aime pas et pourquoi. Mais j'en étais au passionné et au sur-cérébré. L'art ou la vie, donc : ni d'un côté, ni de l'autre.*

Alors voilà…


Elephant.jpg


Il faudrait peut-être écouter davantage Tarantino quand il définit sa passion. Je trouve que : le moteur central de son cinéma est l'émotion. Les systèmes de construction et autres ne viennent qu'ensuite, même s'ils nous parviennent d'abord, ils ne sont pas premiers. Je ne dis pas que c'est un problème.

Les scènes clés des films de Tarantino sont générées par cette quête d'émotion… ou celle qu'il pense appartenir aux spectateurs, et je crains qu'en l'occurrence il ne fasse que projeter la sienne. Retour au même, donc. J'y reviens.

Cela ne veut pas dire qu'il se réduise à ça, bien sûr. Mais c'est là, de manière première, et surtout : passionnée. Et c'est excitant. Mais souvent il y a un sale goût derrière. Et ce sale goût ne vient pas du fait que d'un seul coup moi, spectateur, je suis confronté à un truc qui me dérange, de pas clair chez moi, et qu'il était temps que je me le (re)prenne dans la gueule…



Twenty-nine-Palms.jpg


Non, là, le sale goût, c'est que je suis confronté à un truc qui devient dégueulasse. En soi. Plus tordu qu'un simple terrorisme de l'émotion. Mais j'aime rire, pleurer, j'adore avoir la trouille, etc, tout ça est très divertissant. Comme tout le monde. Par contre, je sais qu'il y a des tortionnaires qui prennent plaisir à faire leur besogne. Et je sais aussi que ce plaisir là, à la fois existe potentiellement chez tout le monde, à la fois n'est pas à faire grandir, à nourrir, à flatter. Je ne fais pas complètement l'économie d'un premier rapport au Bien et au Mal (ça y est, je commence à m'embarrasser pour de bon d'écrire ce genre de truc…).**

Pourtant.

Il y aurait la catharsis. Cela fait partie de mes croyances. Si je reconnais que je véhicule le même infini champ de possibles que mes congénères : les moins reluisants, j'en fais quoi ? C'est la question de la civilisation. En ce sens, l'art en est pour moi un pilier absolument central, essentiel, premier. Mais c'est un premier particulier. C'est un premier vers l'avenir. C'est un premier en devenir. Pas inné une fois pour toutes. Fragile. Mais catharsis donc, très bien. A un moment, j'ai besoin d'évacuer mes pulsions pas glorieuses et plutôt que d'aller dépecer mon chien et le faire dévorer par mon voisin en m'assurant que ma voisine photographie la joyeuse séance, je vais me plonger dans une œuvre, dans un système plus ou moins raffiné d'identification(s), où je vais donner à bouffer, sans le flatter, à ce petit monstre-là qui est moi, aussi : moi, aussi ; pas seulement, donc. Surtout, pas avant tout. Par ailleurs, je ne vais pas avoir honte, je ne vais pas me sentir coupable : c'est là, je fais avec, mais il y a plus à vivre. Mais la catharsis est sans complaisance. Elle est précisément un moyen, non une fin. 



Casino.jpg


Je recommence...

Quand je vois un film de Tarantino, globalement, sauf peut-être Jackie Brown mais je ne m'en souviens  pas assez, et Reservoir Dogs, mais j'étais encore trop un marmot, arrive toujours un moment où ça monte, ça monte qu'il est train de se faire grave plaisir là où c'est pas clair et qu'il est en train de penser qu'il me fait grave plaisir aussi. MAIS CE N'EST PAS DU TOUT CE QUI SE PASSE. Dans mon cas. Je le regarde se faire plaisir. Je le regarde dépecer son chien et appeler voisines et voisins, et là je dis stop. On n'est plus dans le champ du tout. Parce que sa catharsis à lui, très bien, ça le regarde. Peut-être, ce n'est pas suffisant d'être spectateur, peut-être, il y a des choses " créatives " à faire pour exorciser, mais ça, moi, je n'ai pas à en être le spectateur.

En tout cas pas le voyeur. Ni le témoin forcé. J'ai besoin de quelque chose dans le regard même du cinéaste - quoi qu'il filme, et pas seulement dans une structure alambiquée, fausse distance - qui me donne une vraie place, ouverte et libre.



Persona.jpg


Ce n'est pas la même chose de décider d'aller voir un psy, d'y aller, et de regarder quelqu'un avec son psy.

A la limite, si le mec m'invite, vraiment, à regarder le travail qu'il fait avec son psy, ça devient documentaire pour moi, rien à redire. Et on s'est mis d'accord avant. Chacun connaît sa place.

Mais si le mec m'attache pour me mettre dans cette situation sans que je l'ai demandé aussi, ou qu'il commence à dire au psy ce qu'il croit que j'ai envie d'entendre, là tout le monde est très très mal barré…



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(à suivre…)

Partie écrite le 9 juillet, arrêtée le 18 août.



*  Là je fais un raccourci dangereux. Je pensais préciser dans cette note de bas de page en même temps que répondre à un commentaire sur le précédent article. Hors, comme d'habitude, j'ai besoin d'être long. Je posterai donc tout ça à part, très vite.

** Je précise quand même que cette question morale n'est pas celle de la censure, mais celle du regard. Des gens cultivés se référeraient à Rivettes, je crois, là-dessus. Je n'ai pas sous la main, mais j'irai rechercher. Donc, c'est compliqué. Certains pensent que toute question morale (y compris du regard, donc) n'a rien à faire dans le champ esthétique. A ce jour, je ne suis pas d'accord. Mais évidemment, c'est un débat.   

 

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12 août 2007 7 12 /08 /août /2007 22:11

Voici ma saga de l'été… et la première partie du trop long article annoncé dans Lost Highway… et fin du clin d'oeil 1997...



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Le désir est toujours là. Le désir de cinématographe. L'envie d'aller plus loin, au plus vrai, au plus ouvert, au plus beau, au plus juste. D'ailleurs, au commencement, les seuls films dont je voulais parler dans ce blog : ceux qui m'emmenaient par là.


Mulholland-Drive.jpg

Autrement dit, je ne voulais pas parler de ce que je n'aime pas, ou moins. Que ce soit par prudence, par doute, par respect ou parce que vraiment, non, pas envie de consacrer du temps à ce qui, pour moi, ne rentre pas dans le champ. Du cinématographe. A la limite, aborder un divertissement particulièrement réussi pourquoi pas, je n'ai rien contre le divertissement, quel qu'en soit le support : il n'a souvent pas grand-chose à voir avec son support, il est ailleurs.

Donc, je suis intolérant, aussi. C'est difficile de parler de ça… Une salle de cinéma n'est qu'un lieu. Et la pellicule (ou équivalent) n'est qu'un support. S'y déroulent donc tout aussi bien, du divertissement, de l'animation, du documentaire, et puis parfois du cinéma. Septième art. Ce qui m'intéresse. Le reste, très bien : très bien de s'informer, de se divertir - ça m'arrive comme tout le monde, dans des salles de cinéma ou ailleurs - l'animation sûrement très bien aussi - je ne connais pas, pas mon histoire à ce jour. Difficile de parler de ça… Ce que je sais, aussi : mieux je vais et moins j'ai besoin de me divertir… parce que ça va, quoi ! Je préfère vivre que me divertir. Rien que de très normal.

D'un autre côté, et de mémoire : " L'art est ce qui rend la vie plus importante que l'art ". Je ne sais plus qui a dit ça, pas une giga-pointure il me semble, mais ça, quand même, fallait le sortir. Je trouve. Indépassable pour moi. A ce jour… 


Le-miroir.jpg

Ce que je n'aime pas : qu'on fasse passer des vessies pour des lanternes.

Donc, je suis intolérant, aussi.

Parce que, sans doute, ce qui peut être intéressant, c'est le débat. Mais il y a toutes sortes de débats, et comme je suis intolérant, aussi, je trouve qu'il y a différents niveaux de débats, et je n'ai pas envie de passer du temps sur certains. Autrement dit… il m'arrive de juger. CQFD. 


Minuit-dans-le-jardin-du-Bien-et-du-Mal.jpg

Je m'apprête à entrer dans un débat peut-être à la frontière de ces problèmes-là, en tout cas pour moi. Entre divertissement et art, entre débat sur quelque chose d'important… ou vraiment pas. Parce que. Aujourd'hui. Je n'arrive pas à voir comment on pourrait ne pas considérer, par exemple, que Clint Eastwood, Jean-Luc Godard, David Cronenberg, David Lynch ou Andreï Tarkovski, pour n'en citer que cinq, sont des cinéastes absolument majeurs - j'aime bien dire des " maîtres " -, et que je ne vois pas non plus ce que Quentin Tarantino viendrait faire par là.
 
Et là, c'est plus fort que moi, je sens que je vais m'énerver. Voilà, j'en suis là. A m'énerver.  


Pierrot-le-fou.jpg

Je vais recommencer…

J'ai vu Deathproof (Boulevard de la mort…) ce soir. J'ai, globalement, plutôt passé un bon moment (divertissant). Et en même temps, j'avais un goût dégueulasse dans la bouche. Comme quand j'ai vu Kill Bill, premier volume, où je m'étais parfois ennuyé. Là non. Mais il y avait le même goût. Il n'y avait presque que ce goût quand j'ai vu Pulp Fiction, mais je ne le comprenais encore que trop peu…

C'est alors que les problèmes commencent… 



(à suivre…)

Partie écrite le 9 juillet, arrêtée le 13 août.

 


Edit du 15 août 2008 : merci à Hamesh qui vient de me préciser via les commentaires que la citation "L'art est ce qui rend la vie plus intéressante que l'art" est de Robert Filliou.

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