Lundi 27 juillet 2009
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A un moment tu te dis : stop ! Tant pis : tu voles une heure, tu ne sais même plus à qui, tu la voles. Au temps ? Tu la
crées. Tu fais semblant que tu la crées : et me voilà devant la Cinémathèque. Et j'ai une heure. C'est tout. Mieux que rien. Il paraît
que MOIJE suis débordé depuis quelques temps.
Pas question de presser le pas : au pire, je m'arrêterai au milieu. Cela n'arrivera pas : simplement je n'ai pas écouté
les télés, il n'y avait momentanément plus de place - et ça m'a fait plaisir -, je n'ai pas regardé les casques.
J'étais donc soudain à l'expo
Tati. C'était prévu de longue date, devenu imprévisible, mais cette fois, pour de bon : dedans.
Le temps de me souvenir qu'après ma
première visite particulière, j'avais tout de suite revu Jour de fête : irrépressible envie de recommencer. Cet homme-là me manquait alors que je le connaissais si peu. D'ailleurs,
je le connais encore trop peu : ne peux simplement m'empêcher de l'aimer.
Je passe la "débobineuse" à l'entrée, jolie idée mais : il me manque trop. Je rentre dans le premier long couloir… Il y a
des affiches, des extincteurs qui m'amusent, et, tout au bout, la "machine à communiquer", droit sortie de Playtime qu'un extrait en chemin vient de me raviver. J'ai ma dose. Je reboote.
Je suis bien. Je rentre pour de bon.
J'avais vu Mon oncle et Playtime, revu Jour de fête une fois l'expo découverte en bavardant
avec quelques blogueurs. Je me dis : ah oui, au fait, cette expo, c'est petit. Je veux dire : ce n'est pas très grand. Tant mieux ? Je n'ai qu'une heure, que diable ! Sinon l'économie française
s'effondrera, n'en doutons pas. Chhhhhht… "Démocratiser le gag"… C'est fini… Le fauteuil de Playtime… Je suis là où je voulais être… Le balai-lumineux… Je recommence.
Je me penche sur les "carnets de gags et d'idées" de Tati… Je ne sais pas si je lis… Je sais que je regarde la forme de
l'écriture : très belle, soignée, le soin d'une démarche qui entend ne pas baisser les bras, courbes vives mais pas sèches… Le contraire de l'écriture d'un médecin, on dit comme
ça.
Je me penche sur les lettres de Truffaut, de Pasolini, m'estomaque et m'interloque : je souris. Je ne sais pas faire
autrement. Bien sûr, je sais : pas là.
Le plaisir de retrouver, celui de découvrir, l'envie d'approfondir… "Il est rare qu'un film puisse devenir aussi
important pour celui qui regarde que pour celui qui l'a fait"… Truffaut… Je ne survis que comme ça. Je le sais. A trouver les moments où c'est aussi important que… A y croire. Dur comme fer. Je
regrette que la lettre n'apparaisse pas dans sa totalité.
Est-ce que vous êtes pris au piège ? Est-ce que tu es pris au piège ? Est-ce que tu t'en sors ? Tu as vu la pipe ? Tu me
diras : ça ne se refuse pas, jamais. J'ai honte, bien sûr. Mais je l'écris : ça ne se refuse pas, n'est-ce pas ? Tu verras : il y a dans des tiroirs des objets qui deviendraient le contraire de
reliques parce que : ça résiste. Et donc : il ne faut jamais dire non à une pipe.
Tiens, je ne comprends pas du tout ce que Crash vient faire là, et en même temps : bien content… Crash…
j'aimerais que davantage de gens dédramatisent… qu'ils voient Crash et n'oublient pas l'humour de Cronenberg… Oui, c'est très bien. Dommage que l'image soit dégueulasse. A ce point !
Franchement : faute ; avec l'éclairage raté sur la si belle affiche de Mon oncle. Cela arrive, les ratés. Ou pas. MOIJE crois en ceux-là.
Pour le reste, MOIJE ne sais pas très bien juger d'une expo, n'y connais rien : pas ma came, les expos, et
l'architecture, ou… Je suis là pour lui, pour le cinéma, je sens juste si je marche ou pas. Je marche. A fond. Je galope. J'aime beaucoup le César. Rouge. J'aime beaucoup ce
rouge…
A un moment, quelque chose me rattrape : l'impression de voir les visiteurs comme je ne les vois pas d'habitude dans les
quelques exhibitions où je me promène. Même si : je regarde souvent les autres ; mais là : ça ne vient tellement pas de moi que ça me surprend presque. Je reçois tout avec les autres inscrits
dedans, et par conséquent, avec moi, aussi. Je veux dire : je me rends compte tout à coup que je fais partie de l'expo pour les autres… Très étrange... Ne m'y arrête pas… Parce que j'aime bien
comment les gens s'inscrivent dans l'expo. D'ailleurs, il y a du monde, mais pas trop. Juste comme il faut ? Si j'avais un peu plus d'une heure, ce serait parfait. C'est bienveillant et sans
merci. Je veux bien le "sans merci", j'en redemande : quand il est bienveillant. Je ne sais pas si je comprends, mais je me dis : il y a nécessairement quelque chose que je trouve très réussi
dans la scénographie pour que quelque chose comme ça arrive.
Et tout à coup, je repense : tu avais bien raison de ne pas te contenter de l'avant-première. Cela ne pouvait exister
alors, forcément. Même si c'est pour d'autres raisons que tu ne voulais pas t'en contenter, ce n'est pas grave : tu as bien fait de revenir…
Je regarde les photos de la construction du décor de Playtime. Je ne savais pas. Cela m'étreint. Je regarde la
destruction du décor de Playtime. Cela me scandalise. Je n'y peux rien. Je suis avec : la faute à l'expo, aussi !
Des miroirs vous surprennent. Et soudain, ce n'est pas seulement les autres, ni soi pour les autres, mais : face à soi.
Tout bête. C'est comme ça. Je suis un peu gêné. Ne m'arrête pas. Je n'ai pas honte : je sais. Je sais que j'ai tous les travers du monde. Aussi. J'aime qu'on me le rappelle d'un clin d'œil. Et je
ne dois pas être le seul… Ces visages qui se fendent d'un sourire… Ces sourires qui se fendent d'un visage... Et surtout : ce sourire qui s'ouvre en faille lui-même… Sauf, bien sûr : ceux à qui
on ne la fait pas, jamais. Et grand bien leur fasse.
Je regarde les dessins préparatoires aux films. Qu'est-ce que c'est beau ! Tout ce que vous avez à déclarer D&D ?
Pour ça qu'on vous paye ? Euh… Sais pas… Pas payé, en fait, faut pas croire… Qu'est-ce que c'est beau ? Oui. Je crois que je vais sortir. Je ne dois pas voir le temps passer. Je vois juste comme
je suis et dans le temps malgré moi, et passe... Il faut que ça cesse, que je voie un film de Tati. Et ça va me sauver : deux heures seulement ? Déjà ça. J'y vais… Mais là : il y a un angle dans
le couloir, avant la dernière salle. Et dans cet angle : un homme. Je vous jure que c'est vrai. Vous n'allez pas me croire, pourtant c'est vrai : un homme. Je me fige. Non, le contraire : tout
s'arrête… C'est Hulot. Je le reconnais.
Il regarde les dessins. Il n'a pas beaucoup changé. Il a l'air de M. tout le monde. Et pas du tout. On dit comme ça. Il
dégage quelque chose de bienveillant. Et de dur à la fois : 2009. Il a mis un peu plus de bleu et un peu moins de gris. Il a dû poser son imper parce qu'il faisait très beau, mais c'est lui. J'en
suis sûr. Le cheveu file un peu plus blanc mais la coupe semble intacte (vous avouerez que je suis très cheveux en ce moment). Je vais sortir, je tourne dans la dernière salle. J'ai refait un
tour de manège, retrouvé les joyeux lampions. Le soir même j'irai découvrir Les Vacances de M. Hulot, en version restaurée, ratée comme une andouille que je puis (sans fond) être au Max
Linder parce que le film n'a tenu qu'une semaine pour faire place à Mariard Cotillon (rien contre elle, mais là, ça m'a gonflé). Non, je serai fâché, trop peu de gens iront voir le film en
salles, mais je ne le sais pas encore, tout va bien : les vitres de l'expo ; je me retourne ; Hulot dans l'espace précédent s'est approché de la pipe. Elle doit lui manquer maintenant. Je crois
qu'il va aller s'asseoir près des téléviseurs.
Il sourit devant son image, c'est tout. Comme nous. C'est déjà beaucoup.
PS : l'expo s'arrête dans une semaine. MOIJE vous aurai prévenu.