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Presque le temps de rien, mais tout de même, je regarde ça :
Et aussi ça (ben oui) :
Peut-être pas tout à fait la même ambiance mais les deux (liens vers les clips en cliquant sur les images) égaient et encouragent bien mes journées ! D'autant qu'au cinoche, en ce moment, c'est mauvaise pioche (pour MOIJE)...
Tempête de ***SPOILERS***
Au début (du recommencement), la force d’Andrew nous apparaît dans le rapport entre son pouvoir et la manière dont ses mains le
convoquent, et l’évoquent. Dans la scène des Legos, il reprend d’abord Matt - qui n’y arrive pas très bien - sur sa gestuelle. En songeant à la danse des mains d’Andrew, je pense très vite à
Samantha (Jessica Chastain) qui apprend le mot storm à sa fille, en langage des signes, là-bas, dans le film de Jeff Nichols. Ici, Andrew signe et signale son pouvoir de ses paumes, de
ses doigts : ce qui distingue d’abord cette force de celle de ses acolytes, c’est sa précision et sa délicatesse, celle qui lui permettra de faire évoluer sa caméra. Progressivement, ce jeu de
mains ne sera plus toujours nécessaire, son regard en brûlera suffisamment pour que nous n’oubliions pas, tandis que storm prendra peu à peu toute la place.
Les Etats-Unis vont très mal, comme tout le monde, mais c’est à
croire que c’est suffisamment grave maintenant pour que le cinéma redevienne particulièrement vibrant. Euh… vivement qu’on n’en puisse vraiment plus en France ?… Non, ce n’est pas ce que je
voulais dire, mais : Take Shelter et Chronicle auront constitué deux très belles surprises, sur les deux premiers mois de l’année, deux moments de grand plaisir porteurs de
scènes assez inouïes, deux œuvres fondamentalement dépressives et dénuées de pathos, mais se permettant lyrisme voire exaltation.
C’est qu’ils vont d’emblée pas bien : le jeune Andrew (Dane Dehaan) et le grand Curtis (Michael Shannon), l’ado et l’adulte – tous deux
portés par des interprètes impressionnants, une découverte et une confirmation. Peut-être que l’un ne s’en sort pas tout à fait de ne pas être intégré, et l’autre de l’être trop. Impression que
leurs chemins respectifs, et ce qui en fait la beauté, ce ne serait pas la volonté d’agir sur cette situation (véritablement s’intégrer ou s’exclure), mais la pure force dont ils sont porteurs et
qu’ils essaient de comprendre ; et alors, ma sensation serait vraiment centripète pour Curtis et centrifuge pour Andrew. L’un tendrait à la disparition du monde via son absorption progressive au
cœur de ses visions, l’autre via le mouvement indéfiniment répété de « repousser » jusqu’à peut-être désintégration. Ce qui va compter alors : leur propre regard et l’action des autres.
Curtis s’ausculte, s’observe via les livres, les médecins, sa mère ; Andrew se filme…
Infinies tristesses de Curtis, ou d’Andrew, en tenue de chantier, en tenue de pompier, et leur grande peur d’un monde hostile : tu n’es
pas mon ami, toi qui m’ignorais avant notre recommencement, ou tu n’es pas ma femme, toi qui m’attendais dans la cuisine près du couteau, ruisselante de la pluie dévastatrice. Cela n’y changerait
pas grand-chose de croire que c’est Curtis qui a un superpouvoir (la version prophète) et que c’est Andrew qui est juste devenu fou de solitude ; si ces interprétations ne me semblent pas
pertinentes en elles-mêmes, elles créent d’intenses coulisses à celles dont elles sont comme le revers.
Mais peu importe : l’un aura son spectacle de magie et l’autre son repas spectaculaire. A partir de ces deux scènes charnières et de
leur bel échec : Andrew ne sera pas intégré, Curtis ne sera pas délaissé (sa femme l’accompagnera jusqu’au bout, ça se scelle là). Mais c’est leur réussite aussi : Andrew veut mourir et Curtis
partager. Les deux seront exaucés par l’autre (l’ami, l’épouse). C’est ce point-là aussi qui rapproche ces deux films de crise, en ce qu’ils s’avèrent tout autant deux très belles histoires
d’amour (conjugal dans un cas, amical dans l’autre), en tant que l’amour est un acte. Mon bémol resterait que dans les deux cas une lecture très puritaine soit possible, alors que je ne pense pas
que ce soit le cas, ou le but. Mais c’est un peu dommage, cette évacuation du corps, de la sexualité (finalement peut-être plus encore dans Chronicle même si c’est moins directement le
sujet que dans le cas du couple, mais vraiment la scène avec la fille aux cheveux rouges, c’est pas une bonne idée du tout, si ?).
Le premier plan de Chronicle : dans le miroir accroché à la porte de sa chambre, nous voyons Andrew derrière sa caméra ;
derrière la porte il y a le père, ivre, violent. C’est une séquence simple, terriblement efficace… dont il y aurait trop à dire (pour MOIJE). Mais déjà : cette scène peut être vue comme la
première à « payer son dû » à ce qui a mis le found footage à la mode quelque temps, autrement dit des films qui d’une manière ou d’une autre sont censés foutre les chocottes et
fortement par l’immersion supposée via un tel dispositif (Blair Witch, Cloverfield, Diary of the Dead, Rec, etc…). La scène de Chronicle, très simplement, m’a fait peur, de plus
en plus peur : angoisse que la porte se fracasse, que le miroir se brise, que surgisse le visage encore inconnu du père qui ne serait alors qu’une incarnation pure d’une forme de furie, face à
laquelle Andrew (taillé comme un barreau de chaise) et nous serions nécessairement impuissant.
Mais le chemin de Chronicle ira bien ailleurs et se dégagerait même comme le seul qui tente vraiment quelque chose avec sa
caméra subjective, quelque chose d’autre qu’une forme d’épate ou de (pseudo- ?) réflexion sur les images : ce n’est pas juste une idée astucieuse, ou une expérimentation, ou le simple appui du
réalisateur réel, c’est bien, cette fois, pour l’essentiel, une connexion intime et nécessaire avec le(s) personnages.
C’est qu’il y a dans le cinéma, dans le fait de s’y aventurer en tant que créateur, peut-être plus encore que dans le théâtre, la
volonté double d’être seul et avec les autres. Il peut y avoir une part de refus de la stricte position de créateur véritablement solitaire comme peuvent l’être le plus souvent le peintre ou le
sculpteur, par exemple. Et Chronicle, via la justesse de l’utilisation du
found footage, se bagarre aussi avec ça : Andrew se bagarre aussi avec ça. Lors d’une scène en voiture, Steve demande à Andrew si filmer n’est pas un moyen de maintenir une barrière
entre lui et le monde, entre lui et les autres. Qu’il y ait de ça semble assez évident, mais pas que : un point de montage répond à Steve en montrant tout à coup Andrew à côté de lui, filmant
maintenant de manière à s’inclure dans le champ, à ne plus être simplement de l’autre côté de… « la porte ou le miroir ». Et rien n’empêche de voir aussi Curtis (Michael Shannon) comme un artiste
dont il s’agira in fine de partager la vision. L’inadaptation d’Andrew ou de Curtis s’approcherait aussi comme l’exacerbation de la position ambivalente du créateur en équipe : avec et sans
toi.
… Suite et fin en ligne bientôt (cette fois, c’est vrai !)
Je tiens debout, et plutôt avec le sourire, mais je suis terriblement distrait en ce moment ; mon attention est lâche, ma concentration
éphémère. Je n'arrête pas de recommencer. Je n'ai que des bribes de mon intuition pour le faire, face à mon travail, face aux films qui m'intéressent, face au Maître ignorant de
Rancière que j'essaie d'approcher moins superficiellement en le gardant à portée de main. Ponctuellement, quelque chose se réenclenche, et j'ai l'impression de redevenir un peu actif, pour de
bon. Puis la distraction l'emporte à nouveau. C'est fatigant, et je fume trop, mais je ne me décourage pas tout à fait. Evidemment, c'est ingrat, et c'est ingrat de continuer à "tenir le blog"
ainsi. Et c'est tout le paradoxe de cette sorte de monstre qu'il représente pour moi : si je ne m'y tiens pas un minimum, même mal, même anecdotiquement, je sens que je perds comme un des
derniers fils qui me tient vigilant (parce qu'il concourt, obscurément, à me maintenir actif face au cinéma, et que sans lui, je pourrais facilement re-dériver vers la pure consommation, je le
pense vraiment) ; dans le même temps, il participe de mon engluement dans la toile, que je ne sais pas encore bien "gérer", dont je ne maîtrise pas le(s) fonctionnement(s), l'avidité ou la
dispersion, et que j'identifie toujours comme la principale nourriture de ma distraction (même si : pas que, bien sûr). Je sens toujours une forme de "reconnexion" s'opérer en moi quand je peux
prendre des vacances dans un contexte qui me coupe non seulement du travail, mais aussi d'internet. Mais je crois que si j'essayais d'être un peu radical à me couper d'internet un certain temps,
dans mon quotidien réel (hors vacances), ma distraction prendrait simplement sa source ailleurs. Une autre "addiction" l'emporterait. Alors je reste face à mon monstre.
C'était marrant aujourd'hui, d'être invité par un copain à regarder cette vidéo (sous-titrée en français). Elle m'a fait du bien. Je n'aime pas tout, loin de là, et j'imagine les compromis nécessaires à ces terribles présentations "à l'américaine",
mais tout de même, ce n'est pas rien. Et cela a ponctuellement à voir avec Le Maître ignorant.
Et là, tout à coup, je pense, et c'est flou, mais ce n'est pas pour faire une phrase, ou pas seulement : mon blog est mon maître
ignorant. En tout cas, c'est sa meilleure part.
(Seconde chance pour billets
tôlés que MOIJE aime bien)