Dimanche 27 novembre 2011 7 27 /11 /Nov /2011 14:02


Pater - Alain Cavalier

 
2011 commence sérieusement à se finir, et dans le marketing envahissant de Noël, tout n'est pas nécessairement à fuir. Parmi les films qui auront beaucoup compté pour MOIJE cette année, il reste bien Pater d'Alain Cavalier, l'aventure joyeuse menée avec Vincent Lindon.

Alors, pour qui sera ou passera par Paris, le jeudi 1er décembre, à 19h00 : la librairie Ciné Reflet, propose une rencontre avec le filmeur autour d'un verre, à l'occasion de la sortie du coffret DVD Les Braves.

Cela fera parfois sourire, mais je pense bien que ça ne doit pas être désagréable de passer un petit moment en compagnie d'Alain Cavalier.



PS : mardi 29 novembre, même lieu, même heure, même formule avec la réalisatrice Claire Simon. (Je ne connais pas son travail).

Par D&D - Publié dans : Infos ciné - Communauté : Les films : outil de culture
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Lundi 21 novembre 2011 1 21 /11 /Nov /2011 19:11

 

David Cronenberg - Crash

 

 


Ce serait un regard qui appelle, comme on invite, mais sans attente : il part de plus loin qu'on n'oserait se l'avouer, et distance les horizons familiers. Comme un défi, d'autant plus fort, qu'il se propose sans violence, et sans injonction.

Et ça aurait été nettement moins la fête, si je n'avais pu voir, quelques jours sur grand écran, le regard de Deborah Kara Unger, qu'au moins David Cronenberg (surtout), puis Jonathan Nossiter, auront su soutenir dans les entrelacs de Crash et de Signs and Wonders.

Peut-être trop belle pour le cinéma indépendant ou assimilé, trop singulière pour Hollywood : si elle ne reste pas concrètement sans tourner, peu parvient malheureusement vraiment de cette actrice, au grand jeu de massacre qu'est aussi le cinéma. Peut-être au théâtre ? (Je crois me souvenir qu'elle en vient).

 

 

    Signs and Wonders - Jonathan Nossiter

 

 

Par D&D - Publié dans : Un certain regard
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Vendredi 11 novembre 2011 5 11 /11 /Nov /2011 02:45


Habemus Papam - Nanni Moretti


En revoyant Habemus Papam, je m'amusais soudain d'y trouver une manière inattendue d'embrasser (même si du bout des lèvres, et avec espièglerie) le film d'horreur (sans oublier que je n'y connais rien aux "genres"). Quelque chose au Vatican aurait à voir avec la maison hantée - un des dérèglements initiaux est une panne de courant, funeste et classique présage, plongeant une première fois le Vatican dans les ténèbres -, ou le film de fantôme(s) via ce spectre que devient le pape, que l'on tentera même d'incarner par jeux d'ombres et de rideaux. Et puis, peut-être, le film a comme un parcours de train fantôme plutôt joyeux, avec les pérégrinations de Piccoli-Melville qui se cherche dans la ville, Melville enfermé dehors, au dehors de lui, dépossédé… peut-être que c'est une dépossession… il faut l'inorciser !

Plus sérieusement, à l'annonce des résultats de son élection, les autres cardinaux convergent vers le nouveau pape, qui ne fait donc plus partie d'eux maintenant tant bien même il partage encore leur tenue, et c'est bien l'horreur de cette "exclusion"-là qui semble monter. Le motif revient un peu plus tard quand tous s'approchent à nouveau de lui (peut-être après qu'il se soit échappé) et me rappelle alors fortement des body snatchers encerclant quelqu'un, mais pour ainsi dire en pire, puisque les mêmes codes de mouvement conduisent ici l'individu cerné à réaliser que le body snatcher, c'est lui (les autres cardinaux n'ont pas changé, c'est son corps à lui qui est investi).
 
Je me souviens aussi comme le cri terrible de Melville, qui coupe court à sa présentation officielle, ne me saisit pas tant par un côté animal que par un côté "bébé qui naît", avec sa peur et/ou son désarroi propre... Je ressens encore l'effroi qui règne dans la scène de recul sur le balcon, avec les seuls rideaux flottants pour vrais témoins du massacre. Le recul ne serait pas différent face à un monstre surgi soudain et que l'on commencerait juste à reconnaître comme tel… Je repense même aux cauchemars du cardinal qui prend pourtant des tranquillisants diablement puissants, qui appelle sa mère en dormant, et c'est amusant, mais pas seulement.

 

 

 

Habemus Papam - Nanni Moretti (02)  



Voilà bien de petites élucubrations qui semblent peut-être tirées par les cheveux tant le film est lumineux, léger, drôle et plutôt chaleureux dans sa forme, et dans son ton. Mais cette joyeuse humeur à suivre l'œuvre, pour peu qu'on y adhère, n'empêche pas la peur d'être le principal moteur de la fiction ou des personnages. Il y a bien sûr celle qui tenaille les cardinaux (passée celle d'être élu) face à la situation, à son risque, à son inenvisageable issue, mais surtout, je crois : il y a celle de Melville, la peur de l'imposture (j'ai envie de dire " la belle imposture ").

[Et nunc habemus ***SPOILERS***]

C'est pourquoi je trouve que l'idée de situer en désir premier de Melville l'envie d'être comédien est belle : c'est peut-être sur cette condition-là (la condition d'être comédien) que la peur de l'imposture est la plus essentielle, consubstantielle. Là, je me dis aussi qu'il faudrait que je lise Le Paradoxe du comédien de Diderot, rêvant que c'est de cela dont il s'agit, je n'en sais rien. Je pense simplement à ce paradoxe apparent de cette peur de l'imposture du comédien qui passe (historiquement du moins car ce n'est plus nécessairement si vrai) par le propre de l'imposteur : mettre un masque. Cette "autre" imposture, celle de l'imposteur (celle du Meek de Kelly Reichardt), parcourt également le film. C'est pourquoi j'aime tant aussi la séquence télévisée à laquelle assistent Melville et la troupe de théâtre : celle de l'homme démasqué en ce qu'il prétendait avoir quelque chose à dire… et rien. Et c'est tout l'humour de cette scène de nous montrer l'embarras, et presque la solidarité du journaliste avec sa soudaine victime, nous rappelant alors combien la télévision n'est surtout, surtout, pas là pour démasquer ! Alors c'est sur les fils ténus et entremêlés des impostures que tout le film semble courir, en funambule incroyablement gracieux, et déjouant les cynismes, jusqu'à l'étourdissement que provoque la scène de la première révélation publique que Melville est le pape : cette scène dans un théâtre, ou le spectacle doit s'interrompre car il est bel et bien dans la salle, où il s'agit de faire cesser l'imposture de quelqu'un qui se prétend civil alors qu'il ne l'est plus, scène étonnante de douceur et de violence profonde du dévoilement ; ce n'aurait pas été rien déjà, pour MOIJE, si le film s'était arrêté là.

Mais s'il en est fini des impostures et des peurs, le film n'a encore rendu ni l'âme, ni les armes, et c'est un comble de l'intelligence de Moretti que d'avoir trouvé le chemin possible pour sa fin extra-ordinaire, portée par un Michel Piccoli extra-ordinaire, de l'accomplir sans le faire contre son personnage, sans l'exploiter bêtement. Il fallait que l'inouï soit rendu possible de son point de vue aussi, et sans lâcheté : et tandis que cet homme, à nouveau homme, aura suivi l'encouragement d'exposer (et publiquement) ses blessures à son Dieu, nous voilà encore émus pour lui et enfin sidérés par l'horreur révélée du pouvoir dans toute sa nudité, cette horreur dont plus personne ou presque ne semble vouloir nous entretenir. 

 

 

 

Michel Piccoli - Habemus Papam - Nanni Moretti (04)

 

 

 

PS : et voilà l'ami Eeguab, Morettiste s'il en est, qui publie également aujourd'hui son billet sur Habemus Papam. Je savais ce que représentait le 6 6 6, et m'interroge maintenant sur le 11 11 11 !

 

 


Par D&D - Publié dans : TOIQUIVOIS - Communauté : Les films : outil de culture
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Vendredi 28 octobre 2011 5 28 /10 /Oct /2011 05:08


Millenium Mambo - Hou Hsiao Hsien
 

Dans trois jours, Millenium Mambo fêtera les dix ans de sa sortie en salle en France. Puis, dans pas très longtemps, ce sera au tour de Mulholland Drive. Ce sont les deux films qui avaient le plus compté pour MOIJE, comme pour pas mal de gens, cette année-là. Le Lynch est plus régulièrement présent depuis dans les discussions, ce qui rend pour ainsi dire plus "choquant" de réaliser son âge. Il repasse plus régulièrement en salle aussi ; je l'ai donc revu depuis 2001. Ce n'est pas le cas du film d'Hou Hsiao-Hsien, et je me refuse à le revoir en DVD ou assimilé. Mais j'y pense souvent. J'écoute sa musique aussi parfois. Et je revois le tunnel. Et la beauté de Shu Qi. Et pas que.

En même temps que Mulholland Drive, le Ghosts of Mars de Carpenter était venu s'écraser, lui, et je l'aimais beaucoup, et je n'ai pas encore compris qu'il soit à ce point délaissé (mais il faut aussi que je le revoie). J'aimerais bien pouvoir découvrir son tout dernier d'ailleurs (toujours saisi par le fait qu'il n'ait rien tourné entre-temps), même si plein de gens qui l'ont croisé dans des festivals ont l'air gêné ou en colère : ce sera marrant d'y retrouver Amber Heard.

Bref, rien à dire de bien important, ce n'est qu'un billet d'anniversaire, et j'entame ma galerie 2001. Mais oui : bon anniversaire, Millenium Mambo, Mulholland Drive, vous vieillissez tellement splendidement !

 

 


Par D&D - Publié dans : Ici et maintenant - Communauté : Les films : outil de culture
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Vendredi 21 octobre 2011 5 21 /10 /Oct /2011 04:08


Jérémie Elkaïm & Valérie Donzelli - La Guerre est décl


Lors d'une scène de consultation auprès d'un chirurgien le couple apprend deux choses sur l'évolution de la maladie de son enfant tandis que, dehors, les proches attendent ce verdict qui leur parviendra en différé. Deux choses : une "positive", l'autre pas. "On ne garde que le positif" : le couple tombe immédiatement d'accord pour n'aller répercuter que la nouvelle encourageante. Rien à redire à cela en soi, mais mon inquiétude devant le film dans son ensemble est de douter de la place qui m'est (spectateur) réservée, de craindre que ce ne soit in extremis une place similaire à celle des proches dans cette scène. Et je me demande si c'est possible, je peine à comprendre quelle place plus "vraie" je pourrais prendre avec ce qui m'est délivré au fil du film.

Une semaine après avoir découvert La Guerre est déclarée, me reste l'affirmation d'une énergie (lestée par un volontarisme ponctuel) et d'un ton… J'aime bien Valérie Donzelli et son geste me paraît résister aux travers (nombreux, je pense) du film, mais la rencontre a déjà eu lieu avec La Reine des pommes, qui malgré sa pauvreté financière (et l'image assez dégueulasse qui en découle) me semble à la fois plus fragile et/mais plus juste, plus en adéquation dans son déroulé avec ses enjeux, quelque chose comme ça. Sans dire même qu'il serait meilleur que ce second film, plus ample, je l'aime plus simplement, plus évidemment, je le trouve plus "entier". Pour d'autres raisons, entre racines autobiographiques et résistance(s) au(x) malheur(s), je pense aussi (sans préférer nécessairement son film par ailleurs) au My Little Princess d'Eva Ionesco, plus "entier" aussi, c'est le mot qui me vient le mieux.

Alors, tout de même, je me sens entravé : le film n'aurait peut-être pas dû tant sacrifier l'enfant (presque un paradoxe) et son parcours pour grandir vraiment ; ça m'interroge ces gens qui se montrent au fond à leur meilleur (ce serait aussi une des difficultés d'appréhender le film que d'avoir à le démêler d'un parcours aussi "incontestable"), ce qui serait aussi une politesse, mais pas que (tant bien même l'écueil ne serait pas ici le narcissisme) ; est-ce que la vitalité c'est filmer des gens qui courent, une fête foraine, ou tendre trop régulièrement au clip ?... J'aime bien La Guerre est déclarée, mais je me sens divisé face à lui, je pers pied devant ce qui me semble être trop d'esquive*. Est-ce que je suis en train de demander à Valérie Donzelli de faire un autre film que celui qu'elle a voulu ? Est-ce que je dérape vers ça au lieu de regarder si ce duo accomplit sa volonté ou la trahit réellement un peu ? Sans qu'elle soit désagréable ni méchante, j'ai un peu (mais pas que) la sensation de me faire avoir.



* Autre exemple qui m'embarrasse : lorsque les parents apprennent la gravité de la situation et lâchent quelque chose comme "il nous faut le meilleur chirurgien" ; ce serait le reflexe formulé de bien des parents, mais le film passe sous silence comment eux, ils l'ont, ce chirugien désigné comme le meilleur (même depuis Marseille), quand beaucoup d'autres ne l'auront pas. C'est encore une esquive qui trahit le réel, sur un terrain-clé du parcours, et préserve au film à bon compte son souffle séduisant.
 



PS : pour lire plus tranché que MOIJE, il y a matière entre la réserve d'Erwan et l'enthousiasme d'Asketoner, ou celui sur critikat. Enfin, tout cela ne m'empêche pas de trouver Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm bien sympathiques, notamment via cet entretien aux Inrocks.

 

Edit du 19 février 2012 : j'aime aussi lire ces notes de Valérie Donzelli, en regard sur son vécu de 2011.

 

Par D&D - Publié dans : Brèves - Communauté : Les films : outil de culture
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